Mésaventures Aéroportuaires (II)

Je n’avais personnellement jamais rencontré de problème sérieux dans les aéroports avant de venir en Chine. Il y a déjà eu quelques légères anicroches, mais rien de marquant dans l’ensemble. Mon oncle m’avait bien parlé de ses mésaventures en provenance ou en direction de la Chine: délais indécents, vols annulés ou reportés. Mais ce n’est évidemment qu’en le vivant soi-même qu’on le réalise vraiment.

Heureusement, j’ai été plus chanceux. À commencer par Yāntái, dont l’aéroport minuscule n’est pas à l’abri des délais. Quand je dis minuscule, c’est qu’il est vraiment petit: d’un côté le terminal des départs avec ses trois ou quatre comptoirs d’enregistrement et sa mini section de sécurité, et de l’autre celui des arrivées avec un petit carrousel à bagages et à peine quelques dizaines de mètres qui séparent la porte du tarmac à celle de la sortie. Parlant du tarmac, il est aussi assez diminutif. Sa petitesse et les collines qui l’entourent donnent une impression d’exigüité encore plus grande qui pourrait faire angoisser n’importe quel voyageur y atterrissant pour la première fois. Pour moi, ce bébé aéroport présentait deux avantages majeurs. Il est d’abord situé dans le district de Láishān, là où je vivais, à environ 25 minutes et 10 dollars de taxi du campus universitaire. Ensuite, pas besoin de s’y rendre tellement en avance: s’enregistrer une heure avant son vol s’y fait aisément. Désavantage: l’avion ne décolle jamais à l’heure prévue. Quand tu achètes ton billet sur les internets, on te dit que le trajet prendra 70 minutes, alors qu’en réalité c’est au moins vingt de plus. Mais bon, rien de grave. Comme bien d’autres villes chinoises, Yāntái est en croissance et vient de se doter d’une gare de train à haute vitesse ainsi que d’un aéroport international. Fini, le bon vieux temps: le nouvel aéroport est situé dans le district de Pénglái, à une heure et demie de bus du centre-ville, et à deux heures de Láishān!

C’est plutôt en-dehors de Yāntái que j’ai vécu quelques mésaventures aéroportuaires… et parfois par ma faute. Comme en février 2014 alors que j’ai raté une correspondance à Shànghǎi à destination de Pékin, en provenance du Vietnam. Une erreur stupide de ma part qui m’a coûté une cinquantaine de dollars et plusieurs heures d’attente pour un nouveau billet vers Pékin en première classe.

Ou encore en retournant à Yāntái à la fin de septembre dernier, après un séjour au Xīnjiāng qui avait déjà été assez fertile en problèmes de transport comme ça. Trente-neuf heures d’autobus entre Turpan et Kashgar m’avaient incité à délaisser le transport terrestre pour retourner à Ürümqi, la capitale provinciale, et de là retourner dans la capitale nationale. Malheureusement, le vol fut changé quelques heures avant le départ par une agente louche qui m’a de surcroît chargé un supplément. Puis, comble de chinoiserie, l’avion en question arrive en retard et je rate donc ma correspondance vers Pékin. Heureusement, la compagnie aérienne me rebooke un vol gratuitement et mes problèmes de transport sont désormais choses du passé… jusqu’à ce que je m’attarde trop à un souper chez tonton et que j’arrive tout juste après la fermeture du comptoir d’enregistrement pour mon dernier vol. Cette fois c’est une nuit complète à l’aéroport et plus de trois cents dollars que ça me coûte pour un nouveau billet en première classe. Arrivé dans mon lit le lendemain matin peu avant 6h, j’espère que ça m’aura finalement servi de leçon…

Le dernier chapitre des mésaventures aéroportuaires date des derniers mois, lors d’un énième aller-retour Canada-Empire du Milieu. Fin mars, vol Pékin-Toronto. Au check-in, j’apprends que le vol est retardé de cinq heures. Semble-t-il que notre avion parti de Vancouver a dû faire escale d’urgence à Anchorage en Alaska pour cause de passager sérieusement malade. Ben coudonc.

Arrivés à Toronto le 25 mars en soirée, ceux qui avaient comme moi une correspondance vers Montréal l’ont évidemment manquée. Rendons à Air Canada ce qui appartient à Air Canada; ils nous donnent dix piasses de manger et même une nuit gratuite à l’hôtel de l’aéroport, notre prochain vol ne décollant que tôt le lendemain matin. Je choisis de (ne pas) dormir sur un banc plutôt que d’aller à l’hôtel et risquer de passer tout droit, exténué que je suis. C’est finalement le lendemain matin que je sors de P.E.T. fatigué, mais content d’être de retour. La matinée est belle, fraîche et ensoleillée, annonçant sept semaines riches en émotions avant un nouveau départ.

Épilogue: Montréal-Vancouver-Guǎngzhōu-Běijīng, départ le 17 mai dernier en soirée. Aucun problème jusqu’à Guǎngzhōu (Canton), je réussis même à dormir relativement bien dans l’aire d’attente des arrivées à Vent Couvert. C’est après la pause cigarette cantonaise que les choses se gâtent, alors que l’écran des départs m’apprend que le vol vers Pékin est annulé. Au comptoir d’enregistrement, on dit que c’est à cause du “mauvais temps”, évidemment; j’embarquerai donc dans le prochain avion à destination de la capitale. Pas de typhon, de tornade ou de plaie d’Égypte en vue, pourtant…

Le hic c’est qu’on doit aller chercher nos bagages déjà enregistrés pour les ré-enregistrer dans le prochain vol, qui part dans moins d’une heure et demie. Là, c’est le bordel. On doit se rendre à un point A où les employés qui ne parlent pas vraiment anglais tentent de nous dire d’aller au point B puis de revenir ensuite à A. Et bien évidemment, plusieurs vols ont été annulés et/ou retardés et donc plein de gens stressés paniquent et parlent en même temps; confusion chinoise. Heureusement, un bon samaritain maîtrisant la langue de Carey Price m’indique où aller. En chemin j’apprends qu’il vient de terminer sa session d’études à Boston et qu’il retourne chez lui à Fúzhōu pour les vacances.

Rendus au point B, on doit attendre devant un mur de vitre. De l’autre côté, des employés tentent tant bien que mal de retrouver les valises des passagers énervés qui ont peur de manquer leur avion. Des papiers avec les numéros de vol écrits à la main sont collés sur la vitre du côté des employés et les bagages correspondants s’entassent derrière. De notre côté du mur transparent, les voyageurs agitent leur carte d’embarquement pour qu’un employé ramène le bagage au point A et qu’ensuite chacun puisse le ré-enregistrer pour sa correspondance. Situation assez absurde et stressante alors que les minutes passent et que le staff plus ou moins organisé en a manifestement plein les bras devant les clients angoissés. À côté de moi, le jeune Chinois discute avec un gars de Cleveland qui ne manque pas de faire savoir son mécontentement sur la procédure à coups de “That’s not how we’d do it back home” et de “It’s fucking disrespectful”. Mon sac à dos finit par arriver et je souhaite bonne chance à mes deux comparses avant de retourner en courant vers le point A. En sueurs, je me lance le plus rapidement possible avec mes trois sacs vers le comptoir des bagages où heureusement tout se passe rapidement. Prochaine étape avant l’embarquement: la sécurité. Il me reste vingt minutes.

Une fois passée la sécurité, je suis détrempé mais soulagé: je vais être à la porte d’embarquement à temps. Dix minutes d’avance, même. J’en prends cinq pour chercher une prise où brancher mon laptop, puis réalise que, bizarrement, il n’y a presque personne ici. C’est que la porte d’embarquement a été changée! Autre course vers la nouvelle porte d’embarquement qui se situe dans une petite salle au niveau inférieur. La place est bondée: tous les voyageurs réassignés à un nouveau vol s’y trouvent. Je me faufile pour vérifier que je suis au bon endroit, puis attends. Une dizaine de minutes plus tard, je me rends compte que la porte d’embarquement a encore été changée… pour une autre, voisine. On entre finalement dans l’avion après un court trajet en navette, en retard sur l’horaire, évidemment. Je profite de mon upgrade et de mon siège rétractable en première classe pour dormir presque toute l’heure et demie que dure le trajet vers Pékin. Sorti des douanes un peu après une heure du matin le mercredi 20 mai heure locale, je suis accueilli par Mister Gao, employé de l’agence qui m’engage. Il me paye du KFC et prend même une photo de moi prenant ma première bouchée qu’il envoie à Lisa, sa collègue plus ou moins compétente avec qui je fais affaire. Puis il me reconduit jusqu’à la Běijīng Dàyú Middle School avec la musique dans le tapis. Espérons que cette fois sera la bonne!

Finalement, mes mésaventures aéroportuaires n’auront pas été bien graves… First-world problems, comme disent les Chinois.* Je souhaite maintenant éviter les aéroports pour un petit bout de temps. En voyage, cet été, je prendrai le train. Espérons qu’il ne me donne pas trop de matière à écrire.

* Expression empruntée à René Homier-Roy, à l’époque de “C’est Bien Meilleur Le Matin”, à la radio de Radio-Canada.

Manger: Le Sud Du Vietnam

Oui, une nouvelle série dédiée à la bouffe. Máo a dit un jour: “manger est un grand plaisir de la vie auquel chaque être humain a droit, même les connards de nationalistes”. Les chroniques culinaires se concentreront sur la nourriture qui est souvent la moins chère, la plus abondante et la plus révélatrice des habitudes d’un pays et d’un peuple: celle que l’on trouve dans la rue. Suite à notre fameux trip indochinois, je te propose d’abord de découvrir un échantillon de la nourriture et des breuvages disponibles dans les rues du sud-Vietnam.

Débutons par rien de moins que la reine des plats vietnamiens: j’ai nommé sa majesté la soupe, pho en vietnamien. Originaire du nord, elle jouit en effet du statut de plat national au pays des chapeaux coniques et on la retrouve partout, en tout temps. Les locaux en mangent le matin en se levant, le midi même par temps de canicule et bien sûr le soir venu pour… souper! Notre expérience s’est limitée à sa variante méridionale. Elle consiste en un bouillon généralement mais pas toujours obtenu avec des os de vache bouillis dans lequel sont cuites des nouilles et auquel sont ajoutés des morceaux de porc et diverses épices et herbes qui relèvent agréablement son goût, dont la fabuleuse citronnelle (lemongrass). Bref, la pho vietnamienne est la quintessence de la soupe-repas: délicieuse, simple, consistante et faite d’ingrédients frais. Pour environ 3$ le bol, la satisfaction est garantie. Disponible chez n’importe quel restaurant viet près de chez toi.

La colonisation française en Indochine, malgré tout le mal qu’elle a pu causer, a quand même cela de bien qu’elle a laissé derrière elle un mélange culturel unique. Outre les nombreux legs architecturaux et urbanistiques, une génération de Vietnamiens privilégiés parlant la langue de Garou et des mots d’emprunt tels que le poétique “garage”, la culture culinaire retient évidemment notre attention. Dans les rues du sud-Vietnam, le plus illustre exemple de ce métissage gastronomique est le banh mi, le sandwich vietnamien. Son nom vient de “pain de mie” et il est servi dans une baguette à l’intérieur de laquelle sont fourrés divers légumes, du pâté de porc, du piment fort et de la coriandre humidifiés d’un peu de sauce soya et de simili-mayonnaise jaunâtre. Lors de notre passage à Saigon, Guillaume a ingénieusement déniché sur internet LE spot par excellence de banh mi en ville, peut-être même de tout le pays: Huynh Hoa. Pour environ 3$ l’unité, une équipe de Viets disciplinés prépare de savoureux sandwichs à la chaîne pour la horde de badauds affamés qui font la file sur le trottoir. Après notre escapade à Mui Né et Da Lat, on a dû y retourner question de partager notre découverte avec mon paternel nouvellement débarqué. Verdict: le bonheur dans une baguette. Et pour un dollar de plus, il est souvent possible de rajouter du fromage… La Vache Qui Rit!

Que serait le Vietnam, et la vie en général, sans les rouleaux printaniers? L’auteur de ces lignes se doit d’avouer qu’il n’a pas consommé un nombre significatif de ces petits délices afin de les soumettre à l’épreuve d’une chronique plus ou moins pertinente. Ce n’est toutefois et heureusement pas le cas des nem rán, la version frite des rouleaux en question. Ce mets typique de la cuisine du nord est même plus présent dans les rues du sud que son cousin sans huile, surtout à Saigon. Comme tout plat vietnamien, la composition des rouleaux frits varie régionalement. À la base, ils se caractérisent par un assemblage de divers légumes, viandes et/ou fruits de mer enroulés dans des feuilles de riz puis frits plus ou moins longuement dans l’huile. Les nem rán goûtent généralement aussi bon que ce à quoi on peut s’attendre, et encore meilleur lorsque trempés dans une sauce au nuoc cham.

Mais qu’est-ce que le nuoc cham? Rien de moins que le condiment par excellence au Vietnam! C’est une sauce légèrement sirupeuse obtenue suite à la longue fermentation de poisson dans une solution salée. Son odeur poissonneuse assez prononcée peut être rebutante pour certains tout autant que son goût, quoique ce dernier est bien plus doux et parfumé. Cette sauce omniprésente dans la cuisine du pays est parfois mélangée dans des proportions variables à de l’ail et/ou du jus de lime, des piments forts et possiblement autre chose dépendamment d’où exactement au Vietnam est situé le tabouret sur lequel tu viens de t’asseoir. Personnellement, j’ai tout de suite apprécié cette divine sauce venue des mers.

Comme tu t’en doutes sûrement, le riz abonde dans la patrie de Ho Chi Minh. C’est particulièrement vrai dans sa partie méridionale qui est considérée comme le grenier à riz du pays grâce au fertile delta du fleuve Mékong et au climat chaud et humide qui y règne à l’année longue. Aussi fus-je étonné de ne voir que peu de Viets déguster un bol de riz et je compte sur les doigts d’une main le nombre de fois où j’en ai moi-même mangé. Moi qui m’attendais à voir les locaux vénérer le Saint-Grain au moins autant que dans mon Shāndōng adoptif… sans blague: le terme “manger”, autant en Vietnamien (an com) qu’en Mandarin (chī fàn), signifie littéralement “manger du riz”.

Nous avons eu plus de chance avec la vermicelle de riz, dont nous avons même visité une petite fabrique traditionnelle (et beaucoup trop touristique) à Can Tho, sur les berges du Mékong. Guillaume se souvient probablement aussi d’un chaud début d’après-midi de fin janvier lors duquel nous nous sommes assis à une table d’un marché de Saigon pour déguster une variante locale du bún thit nuóng. Vermicelles de riz et cubes de porc mariné dans une sauce sucrée puis cuits sur le barbecue, accompagnés de quelques arachides écrasées, de carottes effilochées, de feuilles de menthe et de citronnelle, le tout arrosé de nuoc cham. Un (autre) pur délice à la vietnamienne.

Une expérience gastronomique de rue ne serait pas complète sans goûter à au moins un mets “exotique”. Lors de notre passage à Mui Né, nous sommes tombés avec d’autres voyageurs sur un animal rarement consommé chez nous. Je parle d’une créature préhistorique, carnivore, au sang froid et avec des écailles… si tu as dit caïman, tu l’as quasiment. Si c’est alligator, t’as pas tout à fait tort. Crocodile?… en plein dans le mille! Notre croco avait préalablement été écaillé, embroché sur toute sa longueur, agrémenté de douces épices et cuit lentement sur le feu. Verdict? Une viande blanche un peu caoutchouteuse au goût proche du poulet, franchement bien apprêtée dans notre cas. Avec une bière froide, c’est un vrai charme.

Il n’y a pas que la bouffe. Si on avait à désigner un breuvage national pour le Vietnam, ce pourrait très bien être le càphê sua dá, un autre délicieux héritage de l’époque coloniale. Le nom lui-même provient évidemment du mot français mais on a affaire ici à plus qu’un simple café. Avec du sirop de café concentré, du lait condensé et de la glace, on obtient un cocktail délicieux, rafraîchissant et hautement stimulant. Délicieux car d’un goût de café glacé au chocolat, rafraîchissant because les glaçons et stimulant car riche en sucre (dans le lait condensé) et surtout en caféïne! Parfait lors d’une chaude matinée pour démarrer une journée chargée ou quand tu viens de passer la nuit dehors et que ton check-in est juste à quatorze heures.

Parlons de bière. Le breuvage lui-même n’a que peu d’intérêt en ces contrées à la faible culture brassicole. Ça donne des Tiger, 333, Bière Larue, Bia Saigon et autres marques qui commercialisent des lagers fades, ennuyantes et au taux d’alcool moyen d’environ 4%. Absolument rien d’excitant ni de goûteux, et le vrai amateur de bière pourra regretter de ne pas avoir booké un billet pour la Belgique ou l’Allemagne et s’ennuyer profondément des fabuleuses microbrasseries nord-américaines. À notre avis, le genre de bières que nous nous sommes tapées au Vietnam et en Indochine en général n’a que deux qualités: cheap (entre moins de 1 et 3$ l’unité en dépanneur) et froide, lorsque entreposée dans un réfrigérateur qui fonctionne.

Tant qu’à boire de la petite bière, aussi bien y aller pour la bia hoi, qui est essentiellement de la broue vietnamienne en fût. Ce qu’elle a d’intéressant n’a certainement rien à voir avec ses qualités intrinsèques; c’est de la putain de cheap lager en fût, donc encore plus fade et légère que ses consoeurs embouteillées. Ce qu’il y a d’intéressant avec la bia hoi, outre le fait qu’un verre coûte environ 25 cennes, c’est le contexte dans lequel on la boit. Le concept est simple: des petits tabourets autour de petites tables disposés sur le trottoir et dans la rue devant des kiosques qui contiennent une shitload de réserves de bière. C’est sympa, extrêmement abordable et propice aux rencontres. Notre expérience s’est effectuée sur la “backpackers street” à Saigon, où il fait bon boire et jaser toute la nuit dans la foule de voyageurs parsemée de quelques locaux venus tâter le pouls de la faune backpackeuse.

Terminons avec une mention spéciale aux fruits et breuvages qui en découlent. Les fruits sont abondants, goûteux et évidemment pas chers à l’année longue dans le sud du Vietnam. Côté fruits exotiques, mentionnons le pitaya (dragonfruit) pour sa beauté, puisqu’il ne goûte pas grand-chose. Il y a aussi le fruit du jacquier, auquel nous avons été introduits alors que notre guide vietnamienne francophone nous en eût acheté d’un marchand en bateau sur le Mékong. Rien de mémorable, avec ou sans sel. Côté breuvages, une telle abondance et qualité de fruits fait en sorte qu’il n’est pas très difficile de se faire servir un jus frais ou un smoothie dans les rues de cette partie du monde. Votre humble serviteur avoue avoir eu un penchant prononcé pour le jus de melon d’eau frais et les smoothies en général. N’importe quelle saveur… apporte moi-zen juste un autre, Nguyen.

Tribulations Indochinoises (2e Partie)

Que retenir de notre séjour indochinois? Des douze pages de notes tapées sur Word en Times New Roman 12 à simple interligne (oui, je sais… je travaille là-dessus), voici un résumé de ce qui a fait la final cut.

D’abord, la température. On avait fait nos recherches: il fait chaud dans ce coin du monde en janvier et février, moment de l’année qui tombe durant la saison sèche. On a donc eu du 25-30 degrés tout le long avec pas mal d’humidité, surtout à Saigon au Vietnam (Ho Chi Minh Ville avant la réunification post-guerre) et Siem Reap au Cambodge. Ce fut plus sec et agréable du haut des 1500 mètres d’altitude de Da Lat, au Vietnam. Peu de pluie en tout et pour tout, quelques averses ici et là mais généralement durant la nuit. Et surtout, du soleil… beaucoup de soleil! Des nuages, c’est quoi déjà? Disons que de passer de l’hiver gris et humide à porter des flip-flops pendant un mois, ça te remet d’aplomb solide.

Et la bouffe! Je parle principalement de la nourriture vietnamienne, parce que malgré quelques ressemblances apparentes, on n’a pas du tout autant samplé la bouffe cambodgienne. À défaut d’avoir apprécié pleinement la cuisine khmère, ce qu’on s’est mis dans la yeule de l’autre côté du Mékong nous a réjouis. Une cuisine simple, faite d’ingrédients frais et goûteux, tranquillement mijotés ou plus souvent préparés en à peine quelques minutes. Il faut dire que notre approche de la gastronomie vietnamienne s’est surtout faite via la nourriture disponible dans la rue. Ça peut sembler malpropre et pauvre a priori, mais la street food est répandue ici et liée aux habitudes du pays. Et surtout susceptible de contenter autant les fins palais que les petits budgets comme le mien. Si ça te dérange pas de baisser un peu tes standards de consistance de selles, t’es A-One.

Mis à part ce léger détail, nul besoin d’être un gastronome renommé pour apprécier les soupes, sandwichs, nouilles, le barbecue, les fruits et jus frais, les smoothies, cafés et autres douceurs qui agrémentent pratiquement chaque coin de rue dans une grande ville comme Saigon. Et souvent juste pour une poignée de trente sous! Évidemment, cette approche a pu nous aliéner quelques-uns des plats les plus délicats et raffinés qui sont plutôt disponibles dans les restaurants, mais les nombreux moments passés à errer sur les grandes artères et dans les ruelles, à tester des plats achetés au coin de la rue et à fouiner dans les marchés en plein air sont définitivement inoubliables. Pour plus de détails et de photos appétissantes, je t’en reparlerai dans une autre chronique, cher lecteur chère lectrice.

Les gens, aussi. En voyage, notre relation avec les locaux s’arrête trop souvent à celle de consommateur-vendeur sans qu’on prenne trop le temps de les connaître et de s’imprégner de leur vécu, même superficiellement. Et puis, faut pas se le cacher… pour beaucoup d’entre eux, quand ils nous regardent, c’est pas notre face ou nos vêtements qu’ils voient, mais plutôt un porte-monnaie ambulant rempli de dong et de dollars youèsse. Néanmoins, je peux dire qu’on les a trouvés généralement fins, souriants et honnêtes, le monde.

Je ne dis pas ça parce que nous on a passé un mois qu’avec des locaux en fuyant les Occidentaux comme la peste à la recherche d’un séjour “authentique”, qu’on a mis enceintes des filles partout où on est allés ou que 3166 bridés sont rendus avec Joël Le Sale comme ami Facebook. Nenon. Je dis juste qu’on a essayé d’apprécier la gentillesse et la simplicité des gens qu’on a rencontrés les quelques fois où on s’est arrêtés et qu’on a pu (essayer de) jaser un peu avec eux. Même si ça n’a pas souvent donné des conversations cohérentes ou mémorables… mais who cares?

Jaser avec un jeune Viet pendant que tu manges la soupe préparée par sa mère sur le bord de la rue. Essayer de prendre une photo avec un dude qui est allé t’acheter des baguettes en motocyclette pour qu’on les mange avec nos omelettes. Se faire remettre poliment le billet qu’on avait offert à la petite madame, parce qu’il vaut 10 fois plus que celui, de la même putain de couleur, qui suffit amplement à payer le succulent banh mi qu’elle nous tend. Échanger quelques mots d’anglais avec des enfants poussés par leurs parents qui nous pointent en leur disant “Hello!”, l’air de dire “C’est des Blancs, allez leur parler, les jeunes!” Dans mon livre à moi, des moments comme ça sont priceless. Pour tout le reste, il y a les voyages organisés.

Ça va pour “les gens”; pis les filles, elles? Une chose est sûre, c’est qu’elles sont bâties sur un petit frame, comme on dit. Comme beaucoup de leurs consoeurs de l’est asiatique, elles présentent habituellement le profil physique opposé au stéréotype de la femme noire bien en chair… en plus de souvent avoir l’air cinq ou six ans plus jeunes qu’elles le sont vraiment. Mais ça s’applique à tout le monde là-bas, anyway! Jolies? Oui, normales disons. C’est quand même pas Montréal là, où n’importe quelle place où il y a beaucoup de mélanges ethniques j’imagine. Et c’est sûr qu’en tant que Blanc, tu te fais regarder plus que d’habitude. On est “exotiques” ici, tsé.

Malgré tous les beaux moments et les souvenirs impérissables laissés par ce voyage, tout n’a pas été parfait dans la Vallée de la Paix et de l’Amitié. Je retiens deux points négatifs. D’abord, on a probablement passé un petit peu trop de temps à Saigon. Malgré des attraits indéniables, ce n’est peut-être pas exactement La Perle d’Indochine et on n’est ainsi pas restés très longtemps dans le delta du Mékong. Il faut dire qu’on a beaucoup transité alentour et aussi pris le temps de se reposer. Disons qu’on n’est pas du genre à visiter tous les lieux touristiques inscrits à notre guide de voyage en trois jours et deux nuits, avec le décalage horaire et un aperçu de la vie nocturne.

L’autre point négatif du voyage est plus frustrant d’autant qu’il était inévitable: le transport. On n’a pas essayé le train, qui est apparemment moins évident d’accès que l’autobus. Reste le bateau, qui d’après notre unique expérience sur le Mékong s’avère tout à fait réjouissant après s’être frotté les genoux contre des bancs trop petits d’un autobus vieillot qui roule trop lentement. Le prix d’une balade nautique est souvent de l’ordre du double de ce qu’on paie pour le bus, mais c’est fou le bien qu’une vingtaine de dollars US bien placés peuvent procurer au voyageur esseulé.

On retrouve généralement deux catégories de bus là-bas: normal et à couchette. La seconde option a le mérite d’offrir de l’espace pour les jambes et une position couchée pour à peine plus cher que la première. Les deux offrent toutefois un espace exigü fidèle aux proportions corporelles des locaux et circulent malheureusement sur les mêmes routes étroites, peu ou pas entretenues et mal éclairées du Vietnam et du Cambodge. On a d’ailleurs estimé que durant nos trajets les fluides engins circulaient en moyenne à 50 kilomètres à l’heure à travers le formidable réseau routier indochinois. L’expérience fut un peu plus éprouvante entre Mui Né et Da Lat, alors que les 300 kilomètres de distance nous ont pris six heures à parcourir sur les quatre et demi annoncées. C’est sans compter les quelques heures d’attente en pleine nuit à la frontière cambodgienne en route vers Phnom Penh… ah j’te dis, la misère des riches.

Bref, pour le peu qu’on a vu et fait au Vietnam et au Cambodge, ce fut une expérience mémorable. Deux beaux pays avec des cultures complexes et anciennes et des gens accueillants qui vivent pour la plupart dans la pauvreté ou pas loin au-dessus. L’ironie du sort dans cette situation, c’est que c’est un avantage pour nous, le coût de la vie y étant en général ridiculement bas. C’est l’histoire de communautés qui commencent pour la plupart à se sortir d’un passé récent tragique et douloureux. De notre point de vue subjectif et superficiel, ça semble augurer mieux du côté du Vietnam méridional que la guerre n’a pourtant pas épargné, alors que le Cambodge semble se relever plus difficilement du lourd héritage laissé par l’absurdité inouïe du régime des Khmers Rouges. On souhaite le meilleur à ces gens qui ne sont pas tous sortis de la jungle… mais le potentiel est là, en tout cas.

Tribulations Indochinoises (1ère Partie)

Avant de commencer, précisons pourquoi il est question d’Indochine si nous avons visité le Vietnam et le Cambodge. “May I have a definition?”, demandes-tu en rajustant tes lunettes comme dans les concours d’épellation.

Voilà: le terme Indochine réfère aujourd’hui à une entité biogéographique située, attention… entre l’Inde à l’ouest et la Chine au nord-est. Les territoires inclus au sein de cette péninsule du sud-est asiatique sont la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie péninsulaire, Singapour, le Cambodge, le Laos et le Vietnam. Le terme et sa signification initiale proviennent du statut colonial de la région qui a prévalu grosso modo du milieu du 19e siècle au milieu du 20e. Selon les années et les endroits spécifiques, la région a alors passé sous contrôle britannique, japonais et surtout français. Les territoires vietnamiens, cambodgiens et laotiens furent d’ailleurs communément désignés comme « Indochine française » à partir de 1862 jusqu’au départ de la métropole en 1954.

Ce voyage-là est né dès que j’ai su à quel moment prenait fin la session de cours à Gōngshāng Xuéyuàn. Au début j’avais en tête d’aller en Thaïlande, surtout que Tonton m’avait mentionné son intention d’y retontir durant l’hiver. Seul, à dos de chameau, avec un groupe de l’âge d’or tibétain; peu m’importait. Puis début novembre je reçois des nouvelles bienvenues en provenance directe de Verdun Beach. C’est Guillaume qui confirme son intention déjà annoncée de s’amener en Asie en janvier-février. Un mois plus tard, c’est mon paternel qui m’annonce envisager sérieusement un petit séjour asiatique durant l’hiver… un trio, nous serons.

Guillaume ayant déjà visité le pays des Thaï et Tonton n’y projetant finalement de s’y rendre qu’en mars, c’est alors qu’a commencé le processus officiel de sélection d’une destination potentielle (on se croirait à Cannes). Étant donné que les choix sont nombreux et alléchants, en bon membre du jury j’en viens à établir trois critères d’excellence:

1-    Faut qu’il fasse chaud.

On a tous envie d’un peu de chaleur en cet hiver et je n’ai définitivement pas envie de rester cinq autres semaines à Yāntái, humide et encore plus tranquille que d’habitude.

2-    Faut pas que ça soit en Chine.

Déjà blasé du pays des pandas? Nenon. On ira seulement pas se pitcher sur les plages du sud en même temps que huit trizillions de Chinois fous braques en congé d’hiver. Sānyà et l’île de Hǎinán ça sera pour une autre fois, les boys.

3-    Faut que ça soit proche.

Question de minimiser le transport et de maximiser la durée du séjour. Pour moi, je parle. Pour les deux autres, quelle différence? Cette idée de partir de si loin, aussi…

Au cours du reste de l’automne qui se met à passer trop lentement, on s’entend tous les trois pour le sud du Vietnam. Arrivée et départ de Ho Chi Minh Ville avec une escapade au Cambodge en bonus. Guillaume et moi y serons quasiment un mois tandis que ça sera une quinzaine de jours pour mon père. Puis les dernières semaines passent et une fois les billets d’avion achetés et la paperasse des visas réglée, nous voilà aussi prêts que Jean Charest ne l’a jamais été pour un trip mémorable. Les deux mains sur le volant, pis toute.