Les Brebis Égarées Et L’École Buissonnière

Je suis pas mal inspiré depuis un mois et demi mais je n’ai paradoxalement pas beaucoup publié depuis ce temps-là. Pour que tu me pardonnes mon inconstance et pour te récompenser de ta fidélité, je t’offre cette semaine un petit cadeau de Noël, cher lecteur chère lectrice: un programme double de Chinoiseries! On débute ça avec le quatrième épisode de « Life of the Enseignant Étranger ».

Dans la première partie de cette minisérie qui passera probablement (pas) à l’histoire, je parlais des débuts glorieux, des sourires et de la joie de vivre dans la Vallée de la Paix et de l’Amitié. Depuis ce temps, les semaines ont passé et l’effet de nouveauté s’est doucement dissipé. Je suis tranquillement passé du cool new Canadian guy des premières semaines à leur enseignant de Business English, et ils deviennent inévitablement mes élèves qui me tapent parfois sur les nerfs. Je veux dire, ceux qui sont encore là… disons que plusieurs brebis se sont égarées en chemin.

Malheureusement, il semble qu’un nombre non négligeable de freshmen ne considère pas mes cours d’anglais comme étant importants. Mystérieux meetings en plein cours, des élèves qui se présentent en classe sans papier ni crayon et d’autres qui “oublient” chez eux le travail fait le cours précédent… sans compter que dans certaines de mes classes, je n’ai désormais pas plus que trois ou quatre bridés à torturer dans la langue de Simple Plan. Sur mon horaire, c’est écrit que j’ai entre 19 et 31 élèves dans mes groupes. Les deux premières semaines, oui. Mais depuis deux mois, c’est clairement plus de la moitié de ces jeunes chenapans qui s’amusent à faire l’école buissonnière au lieu d’asseoir leurs petits derrières communistes là où ils devraient être. Ils pourraient au moins faire semblant, se croiser les bras pendant une heure et demi ou même me dormir dans la face. Je pourrais au moins les enquiquiner un petit peu ou les réveiller en sursaut, je sais pas… mais non. Est-ce parce que je suis un enseignant à ce point mauvais et ennuyant? Mes cours sont-ils si globalement indignes d’intérêt? C’est pas impossible. Mais j’en doute, tsé.

D’un côté, il faut que je le reconnaisse: j’ai jamais fait ça de ma vie. Je ne suis donc certainement pas (encore) un pro. Après tout je n’ai aucune formation, une expérience quasi-inexistante dans le domaine et aucun support institutionnel. L’anglais n’est même pas ma langue maternelle. Le plus proche que j’ai jamais été d’enseigner l’anglais à des freshmen chinois dans une petite université semi-crédible sur le bord de la mer Bó Hǎi, c’est donner des cours de tennis à des petits anglos de Rigaud pas loin de la rivière des Outaouais. Je suis en phase d’apprentissage; mes plans de cours et mes explications sont loin d’être sans failles et je perds parfois patience quand personne ne me comprend ou ne m’écoute. Et en plus ILS NE POSENT (presque) JAMAIS DE QUESTIONS. J’en reviendrai jamais, de ça.

Si on regarde ça de l’autre côté de la médaille en chocolat, je me rends compte que je ne suis pas le seul à qui ça arrive (surtout avec les freshmen). En parlant à mes collègues, je constate que l’appréciation des cours d’anglais à Shāndōng Gōngshāng Xuéyuàn frôle parfois le “phoque datte”. Personnellement, je m’en bats les noix que personne ne vienne à mes cours. Bon OK, pas tant que ça; ça serait quand même pas pire que les élèves manifestent un peu plus d’intérêt et interagissent davantage en classe. Mais quand même, la moitié de mes élèves peut bien jouer au docteur ou planter des aiguilles dans des poupées vaudou à mon effigie au lieu de se présenter, je peux vivre avec ça. C’est plus dommage pour eux que pour moi, dans le fond. Moi je suis payé quand même, alors qu’eux ratent probablement une méchante belle opportunité. Pensons-y trente secondes: réalisent-ils qu’en 2013, dans la deuxième économie mondiale, un pays un peu tout croche mais encore en croissance malgré la morosité économique internationale et qui tient les States par les couilles via sa dette astronomique, maîtriser le mandarin ET l’anglais en ayant à peine 20 ans est un atout MAJEUR? Peut-être pas… et tout ça parce qu’on fait de la grammaire une fois aux trois-quatre semaines? Come on, guys.

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