Intermède Médical

Samedi, le 11 octobre. Lever tardif; la veille, mon appartement s’est paqueté d’amis venus boire et manger à ma santé. Ce soir, c’est sur chao yang jiē que ça se passe pour célébrer mon anniversaire. Mais aujourd’hui, je me sens pas mal plus vieux que 26 ans.

Au cours des jours suivants, mon niveau d’énergie se met à diminuer et j’ai de plus en plus mal aux muscles du corps. Enseigner six cours en quatre jours devient vite épuisant et je passe désormais mon temps libre entre dormir, lire et sortir pour aller manger. Une mauvaise grippe, que je me dis. Mais bientôt, je me mets à pisser beaucoup trop foncé. Suivront les nausées, des douleurs au ventre puis la jaunisse. On a beau me dire que les yeux verts me font bien, quelque chose ne tourne définitivement pas rond.

Je google mes symptômes au début de la semaine suivante et c’est à ce moment que je commence à réaliser ce qui se passe. Mardi le 21, je téléphone à Wallace après mes cours: j’ai besoin d’une prise de sang au PC. Ping n’est pas en ville mais il m’envoie un collègue, Jiang Fei, comme escorte. Le lendemain et trois aller-retours à l’hôpital plus tard, Wallace me rappelle:

– Charles, ton foie est malade. On ne pense pas que c’est un cancer…

– Ah bon!

– … Mais c’est probablement une hépatite. Il va falloir que tu retournes chez toi, le plus tôt possible. Désolé.

– Quelle forme d’hépatite? C’est grave?

– On ne sait pas exactement. J’espère que non.

– Je peux pas être traité ici?

– C’est mieux que tu ailles te faire soigner chez toi…

J’ai beau insister, Wallace est intraitable. Une décision prise communément avec les docteurs et son patron, qu’il me dit. C’est dans des moments comme celui-là qu’on réalise qu’on n’a pas le gros bout du bâton en tant qu’étranger. On est ici parce que et tant qu’ils le veulent bien. Malgré une assurance santé, un an d’expérience et un permis de résidence valide jusqu’en juillet 2015, on ne me laisse pas le choix. Poliment mais fermement, Big Brother renvoie l’étranger malade chez lui.

Arrivée à Montréal au début de la nuit du 25 octobre après trente heures de plaisirs aériens et aéroportuaires. Long repos avant l’étape suivante: les urgences. Canadien me fait une passe sua palette ce soir alors qu’il reçoit le Rangers en cette soirée froide et humide. Ça convaincra beaucoup de “malades” à rester devant la télé jusqu’à au moins 22 heures. Départ vers Salaberry-de-Valleyfield au début de la game.

En arrivant aux urgences, la première chose à faire est de prendre un numéro au triage. Quand on t’appelle, tu rencontres une infirmière à qui tu racontes un peu ta vie mais surtout tes symptômes. Ensuite on te classe en ordre de priorité de traitement, bref on te “trie”. Dans ma malchance, j’ai entre autres eu la chance d’attraper une maladie avec laquelle on ne plaisante pas. Après consultation de médecins l’infirmière m’annonce qu’ils me garderont pour la nuit. Je donne donc congé à ma mère et ma soeur, enfile l’inévitable jaquette bleu pâle et m’allonge sur une civière. À ma gauche, une dame aux prises depuis quelques jours avec un sévère virus de type gastroentérite. À ma droite, un homme tombé sur son patio alors qu’il travaillait sur son toit le matin même. Il n’a droit qu’à de la glace; les antidouleurs ne peuvent être prescrits tant qu’un médecin n’a pas émis un diagnostic.

J’ai encore de la misère à réaliser ce qui arrive. L’hôpital, ça avait toujours été pour les autres. Je suis couché sur une civière à Valleyfield et j’ai perdu ma job même si mon foie ne semble pas très malade. Alors que tout commençait enfin à tomber en place dans un nouveau pays et une nouvelle vie, je me mets à jaunir et on me sort de la circulation.

Rien de spécial ne se passe pendant les six heures suivantes sauf les prises de sang. À l’arrivée, l’infirmier ou l’infirmière m’installe un cathéter à un bras puis revient périodiquement remplir de nouvelles fioles qui s’en iront à l’analyse. Rien de souffrant ou pénible mais les piqûres, le sang qu’on te prend et le cathéter qui est là et pince en permanence te rappellent que t’es pas nécessairement top shape.

Un médecin se libère finalement peu après une heure et demie du matin. Quoi de neuf, docteur? Mon foie a définitivement un problème: le niveau d’enzymes hépatiques est à plus de 2000, soit plus de quatre fois plus élevé que celui d’une personne dans un état normal. Mais ça n’est toujours bien pas une hépatite “fulminante” donc Dr Médecin me donne congé pour la nuit. Retour en après-midi pour une échographie qui confirme que je ne suis pas enceinte. Lundi matin, le microbiologiste me rend son diagnostic.

En douze heures passées à l’hôpital, j’ai vu trois médecins et bien plus d’infirmiers et infirmières. On m’a traité en priorité par mesure préventive. La santé publique a aussi assuré un suivi en m’appelant et en vaccinant gratuitement mon père et ma soeur. Et tout ça pour pas une cenne. Merci, système de santé public imparfait.

J’ai contracté une hépatite A, probablement en ingérant de l’eau ou de la nourriture contaminée. J’en suis soulagé étant donné que c’est probablement la forme d’hépatite la moins grave qui existe. Le corps s’en débarrasse presque toujours sans traitement, surtout en bas âge. D’ailleurs, c’est une maladie relativement banale dans les pays à l’hygiène douteuse comme la Chine. Les gens y contractent très souvent l’hépatite A en enfance en n’affichant peu ou pas de symptômes. À l’âge adulte c’est une autre histoire mais ça se complique rarement. Et une fois le virus combattu, on est immunisé pour de bon. Bref, c’est un peu la varicelle des pauvres.

Ma mésaventure est maintenant chose du passé. C’est franchement plate de perdre son emploi et son permis de résidence pour une petite jaunisse, mais au moins je suis en pleine forme. J’ai finalement été chanceux dans ma malchance en contractant l’hépatite A. À moi maintenant de ne pas trop pousser ma luck avec B, C, D et E.

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Back To The Commencement

La première semaine suivant mon arrivée, le jeudi 12 septembre 2013 au soir, j’ai pas travaillé même si la majorité de mes collègues enseignaient depuis déjà presque trois semaines. C’est que les freshmen étaient occupés.

Newsflash: la République populaire de Chine est une dictature. Officiellement, une “dictature démocratique” opérée par le peuple lui-même. Dans les faits, le Parti Communiste est bien sûr le seul et unique maître à bord. D’ailleurs, quand on s’attarde un peu à l’histoire chinoise on réalise que le parti de  Jìnpíng n’est finalement qu’une autre dynastie, remise au goût du jour. La Cité Interdite ne l’est plus mais l’Empereur et ses mandarins sévissent toujours, sous une forme moderne.

D’après toi, qu’est-ce que n’importe quel pouvoir autoritaire fait pour s’assurer de l’obéissance de sa population? Sans être expert, on peut se risquer sans trop se tromper avec de l’endoctrinement, du divertissement et la répression des éléments subversifs. C’est pas nouveau: du premier État sumérien en passant par l’Empire romain jusqu’à la Corée du nord de nos jours. Et pour s’assurer que la sauce prenne rapidement, on commence tôt. Les petits Chinois apprennent donc dès la petite école à respecter aveuglément l’autorité. Ils peuvent bien ne pas me poser de questions en classe!

Évidemment, c’est moins pire que c’était. Máo est mort et la Révolution Culturelle est chose du passé. On ne brûle plus de livres “contre-révolutionnaires” et on ne renvoie plus systématiquement les protestataires en campagne profonde. La Chine est devenu le plus grand pays capitaliste au monde. Taiwan se sacre bien de ce que Pékin pense, Hong Kong se bat farouchement pour des miettes de démocratie et les manifestations populaires ne sont plus rares. Sauf que la liberté, les droits humains, c’est pas pour demain. Peine de mort, procès fantoches, répression armée, censure systématique et propagande sont aussi banals ici que de manger avec des baguettes. La démocratie est une invention occidentale, après tout.

Mais revenons à nos… moutons. Commencer tôt. Les élèves de première année au secondaire et à l’université ne débutent pas en même temps que les autres. Ils doivent d’abord se soumettre à trois semaines de “formation militaire”… entre guillemets parce que le service militaire n’est plus obligatoire et que l’armée chinoise est déjà bien garnie, merci. Et puis apprendre à marcher et à scander des cris en cadence en vêtements camouflage cheapos, ça fait pas des soldats forts, forts. Sans maltraiter ou faire souffrir les étudiants, on s’assure de les éprouver physiquement, de les discipliner et de les bourrer de patriotisme. On est loin des méthodes d’endoctrinement maoïstes, mais ça forme quand même des générations de gens qui s’obstinent pas fort.

À l’Institut où j’enseigne, les cours de première année commencent donc au début de la dernière semaine de septembre. La formation militaire terminée, les freshmen n’en sont pas quittes pour une session peinarde. Six jours de cours par semaine avec une solide dose de travail et d’étude. Vivre dans des dortoirs non mixtes à huit personnes dont les portes sont barrées quotidiennement après 22h30. Accès aux douches, toilettes et cafétérias dans des bâtiments adjacents. Et devine à qui on assigne les corvées de nettoyage du campus jusqu’en juin?

Je les comprends de ne pas toujours se présenter à mes cours et de vouloir dormir, des fois. Je ferais fort probablement la même chose, surtout pour un cours que tu peux rattraper en un “examen” d’anglais la session d’après. Je confie parfois à certains élèves que pour nous, les années universitaires sont souvent les plus belles de notre vie. À ma grande surprise, ils me répondent souvent: “Mais pour nous aussi!” Le pire c’est que c’est vrai: pour eux, c’est quatre ans de relative liberté après un secondaire surchargé et avant la job, le mariage, le ou les bébés et la belle-famille.

Bref, à mon arrivée ça me déplaisait quand même pas trop de pouvoir m’installer tranquillement. Apprivoiser ma résidence, le quartier, trouver des restos avec des images pour pointer ce que je voulais manger, faire connaissance avec les collègues, pis toute.

Trois jours après mon arrivée, Wallace me conviait à la China Construction Bank pour m’ouvrir un compte. Dans le taxi je rencontre Austin, un collègue américain vétéran de plusieurs années ici. En apprenant mon arrivée toute fraîche, il prend son air de gars d’expérience pour me prodiguer ce conseil: “Tsé Charles, en Chine il faut que tu saches d’abord une chose. Peu importe ce qui va t’arriver ici, rappelle-toi toujours de ces trois lettres: T-I-C. This is China!” énonce-t-il, le sourire aux lèvres et l’air satisfait de l’enseignant qui vient de démontrer son principe.

Tonton Mario m’avait déjà dit quelque chose de semblable. Dans sa maison d’enfance à Saint-Lazare-station, la veille de mon départ, il m’avait expliqué: “Tsé Charles, prépare-toi à une expérience que t’auras jamais vécue avant. La Chine c’est bien, mais c’est pas pour tout le monde. Tu la changeras pas à toi tout seul. Chaque fois que quelque chose va t’énerver ou te frustrer là-bas, prend une bonne respiration. Après ça, t’as le choix d’accepter ou non ce qui se passe. Si tu y arrives pas, c’est peut-être un signe que tu dois retourner chez toi”.

Aujourd’hui, tel un jeune Marco Polo ayant appris auprès des caravaniers de la Route de la Soie, je retourne en Chine avec une année d’expérience dans les bagages. Une année d’adaptation, de hauts et de bas, de bons et de moins bons coups. Avec tout ce que je sais maintenant, celle qui s’en vient ne pourra qu’être meilleure que la précédente.

Manger: Le Sud Du Vietnam

Oui, une nouvelle série dédiée à la bouffe. Máo a dit un jour: “manger est un grand plaisir de la vie auquel chaque être humain a droit, même les connards de nationalistes”. Les chroniques culinaires se concentreront sur la nourriture qui est souvent la moins chère, la plus abondante et la plus révélatrice des habitudes d’un pays et d’un peuple: celle que l’on trouve dans la rue. Suite à notre fameux trip indochinois, je te propose d’abord de découvrir un échantillon de la nourriture et des breuvages disponibles dans les rues du sud-Vietnam.

Débutons par rien de moins que la reine des plats vietnamiens: j’ai nommé sa majesté la soupe, pho en vietnamien. Originaire du nord, elle jouit en effet du statut de plat national au pays des chapeaux coniques et on la retrouve partout, en tout temps. Les locaux en mangent le matin en se levant, le midi même par temps de canicule et bien sûr le soir venu pour… souper! Notre expérience s’est limitée à sa variante méridionale. Elle consiste en un bouillon généralement mais pas toujours obtenu avec des os de vache bouillis dans lequel sont cuites des nouilles et auquel sont ajoutés des morceaux de porc et diverses épices et herbes qui relèvent agréablement son goût, dont la fabuleuse citronnelle (lemongrass). Bref, la pho vietnamienne est la quintessence de la soupe-repas: délicieuse, simple, consistante et faite d’ingrédients frais. Pour environ 3$ le bol, la satisfaction est garantie. Disponible chez n’importe quel restaurant viet près de chez toi.

La colonisation française en Indochine, malgré tout le mal qu’elle a pu causer, a quand même cela de bien qu’elle a laissé derrière elle un mélange culturel unique. Outre les nombreux legs architecturaux et urbanistiques, une génération de Vietnamiens privilégiés parlant la langue de Garou et des mots d’emprunt tels que le poétique “garage”, la culture culinaire retient évidemment notre attention. Dans les rues du sud-Vietnam, le plus illustre exemple de ce métissage gastronomique est le banh mi, le sandwich vietnamien. Son nom vient de “pain de mie” et il est servi dans une baguette à l’intérieur de laquelle sont fourrés divers légumes, du pâté de porc, du piment fort et de la coriandre humidifiés d’un peu de sauce soya et de simili-mayonnaise jaunâtre. Lors de notre passage à Saigon, Guillaume a ingénieusement déniché sur internet LE spot par excellence de banh mi en ville, peut-être même de tout le pays: Huynh Hoa. Pour environ 3$ l’unité, une équipe de Viets disciplinés prépare de savoureux sandwichs à la chaîne pour la horde de badauds affamés qui font la file sur le trottoir. Après notre escapade à Mui Né et Da Lat, on a dû y retourner question de partager notre découverte avec mon paternel nouvellement débarqué. Verdict: le bonheur dans une baguette. Et pour un dollar de plus, il est souvent possible de rajouter du fromage… La Vache Qui Rit!

Que serait le Vietnam, et la vie en général, sans les rouleaux printaniers? L’auteur de ces lignes se doit d’avouer qu’il n’a pas consommé un nombre significatif de ces petits délices afin de les soumettre à l’épreuve d’une chronique plus ou moins pertinente. Ce n’est toutefois et heureusement pas le cas des nem rán, la version frite des rouleaux en question. Ce mets typique de la cuisine du nord est même plus présent dans les rues du sud que son cousin sans huile, surtout à Saigon. Comme tout plat vietnamien, la composition des rouleaux frits varie régionalement. À la base, ils se caractérisent par un assemblage de divers légumes, viandes et/ou fruits de mer enroulés dans des feuilles de riz puis frits plus ou moins longuement dans l’huile. Les nem rán goûtent généralement aussi bon que ce à quoi on peut s’attendre, et encore meilleur lorsque trempés dans une sauce au nuoc cham.

Mais qu’est-ce que le nuoc cham? Rien de moins que le condiment par excellence au Vietnam! C’est une sauce légèrement sirupeuse obtenue suite à la longue fermentation de poisson dans une solution salée. Son odeur poissonneuse assez prononcée peut être rebutante pour certains tout autant que son goût, quoique ce dernier est bien plus doux et parfumé. Cette sauce omniprésente dans la cuisine du pays est parfois mélangée dans des proportions variables à de l’ail et/ou du jus de lime, des piments forts et possiblement autre chose dépendamment d’où exactement au Vietnam est situé le tabouret sur lequel tu viens de t’asseoir. Personnellement, j’ai tout de suite apprécié cette divine sauce venue des mers.

Comme tu t’en doutes sûrement, le riz abonde dans la patrie de Ho Chi Minh. C’est particulièrement vrai dans sa partie méridionale qui est considérée comme le grenier à riz du pays grâce au fertile delta du fleuve Mékong et au climat chaud et humide qui y règne à l’année longue. Aussi fus-je étonné de ne voir que peu de Viets déguster un bol de riz et je compte sur les doigts d’une main le nombre de fois où j’en ai moi-même mangé. Moi qui m’attendais à voir les locaux vénérer le Saint-Grain au moins autant que dans mon Shāndōng adoptif… sans blague: le terme “manger”, autant en Vietnamien (an com) qu’en Mandarin (chī fàn), signifie littéralement “manger du riz”.

Nous avons eu plus de chance avec la vermicelle de riz, dont nous avons même visité une petite fabrique traditionnelle (et beaucoup trop touristique) à Can Tho, sur les berges du Mékong. Guillaume se souvient probablement aussi d’un chaud début d’après-midi de fin janvier lors duquel nous nous sommes assis à une table d’un marché de Saigon pour déguster une variante locale du bún thit nuóng. Vermicelles de riz et cubes de porc mariné dans une sauce sucrée puis cuits sur le barbecue, accompagnés de quelques arachides écrasées, de carottes effilochées, de feuilles de menthe et de citronnelle, le tout arrosé de nuoc cham. Un (autre) pur délice à la vietnamienne.

Une expérience gastronomique de rue ne serait pas complète sans goûter à au moins un mets “exotique”. Lors de notre passage à Mui Né, nous sommes tombés avec d’autres voyageurs sur un animal rarement consommé chez nous. Je parle d’une créature préhistorique, carnivore, au sang froid et avec des écailles… si tu as dit caïman, tu l’as quasiment. Si c’est alligator, t’as pas tout à fait tort. Crocodile?… en plein dans le mille! Notre croco avait préalablement été écaillé, embroché sur toute sa longueur, agrémenté de douces épices et cuit lentement sur le feu. Verdict? Une viande blanche un peu caoutchouteuse au goût proche du poulet, franchement bien apprêtée dans notre cas. Avec une bière froide, c’est un vrai charme.

Il n’y a pas que la bouffe. Si on avait à désigner un breuvage national pour le Vietnam, ce pourrait très bien être le càphê sua dá, un autre délicieux héritage de l’époque coloniale. Le nom lui-même provient évidemment du mot français mais on a affaire ici à plus qu’un simple café. Avec du sirop de café concentré, du lait condensé et de la glace, on obtient un cocktail délicieux, rafraîchissant et hautement stimulant. Délicieux car d’un goût de café glacé au chocolat, rafraîchissant because les glaçons et stimulant car riche en sucre (dans le lait condensé) et surtout en caféïne! Parfait lors d’une chaude matinée pour démarrer une journée chargée ou quand tu viens de passer la nuit dehors et que ton check-in est juste à quatorze heures.

Parlons de bière. Le breuvage lui-même n’a que peu d’intérêt en ces contrées à la faible culture brassicole. Ça donne des Tiger, 333, Bière Larue, Bia Saigon et autres marques qui commercialisent des lagers fades, ennuyantes et au taux d’alcool moyen d’environ 4%. Absolument rien d’excitant ni de goûteux, et le vrai amateur de bière pourra regretter de ne pas avoir booké un billet pour la Belgique ou l’Allemagne et s’ennuyer profondément des fabuleuses microbrasseries nord-américaines. À notre avis, le genre de bières que nous nous sommes tapées au Vietnam et en Indochine en général n’a que deux qualités: cheap (entre moins de 1 et 3$ l’unité en dépanneur) et froide, lorsque entreposée dans un réfrigérateur qui fonctionne.

Tant qu’à boire de la petite bière, aussi bien y aller pour la bia hoi, qui est essentiellement de la broue vietnamienne en fût. Ce qu’elle a d’intéressant n’a certainement rien à voir avec ses qualités intrinsèques; c’est de la putain de cheap lager en fût, donc encore plus fade et légère que ses consoeurs embouteillées. Ce qu’il y a d’intéressant avec la bia hoi, outre le fait qu’un verre coûte environ 25 cennes, c’est le contexte dans lequel on la boit. Le concept est simple: des petits tabourets autour de petites tables disposés sur le trottoir et dans la rue devant des kiosques qui contiennent une shitload de réserves de bière. C’est sympa, extrêmement abordable et propice aux rencontres. Notre expérience s’est effectuée sur la “backpackers street” à Saigon, où il fait bon boire et jaser toute la nuit dans la foule de voyageurs parsemée de quelques locaux venus tâter le pouls de la faune backpackeuse.

Terminons avec une mention spéciale aux fruits et breuvages qui en découlent. Les fruits sont abondants, goûteux et évidemment pas chers à l’année longue dans le sud du Vietnam. Côté fruits exotiques, mentionnons le pitaya (dragonfruit) pour sa beauté, puisqu’il ne goûte pas grand-chose. Il y a aussi le fruit du jacquier, auquel nous avons été introduits alors que notre guide vietnamienne francophone nous en eût acheté d’un marchand en bateau sur le Mékong. Rien de mémorable, avec ou sans sel. Côté breuvages, une telle abondance et qualité de fruits fait en sorte qu’il n’est pas très difficile de se faire servir un jus frais ou un smoothie dans les rues de cette partie du monde. Votre humble serviteur avoue avoir eu un penchant prononcé pour le jus de melon d’eau frais et les smoothies en général. N’importe quelle saveur… apporte moi-zen juste un autre, Nguyen.

Tribulations Indochinoises (2e Partie)

Que retenir de notre séjour indochinois? Des douze pages de notes tapées sur Word en Times New Roman 12 à simple interligne (oui, je sais… je travaille là-dessus), voici un résumé de ce qui a fait la final cut.

D’abord, la température. On avait fait nos recherches: il fait chaud dans ce coin du monde en janvier et février, moment de l’année qui tombe durant la saison sèche. On a donc eu du 25-30 degrés tout le long avec pas mal d’humidité, surtout à Saigon au Vietnam (Ho Chi Minh Ville avant la réunification post-guerre) et Siem Reap au Cambodge. Ce fut plus sec et agréable du haut des 1500 mètres d’altitude de Da Lat, au Vietnam. Peu de pluie en tout et pour tout, quelques averses ici et là mais généralement durant la nuit. Et surtout, du soleil… beaucoup de soleil! Des nuages, c’est quoi déjà? Disons que de passer de l’hiver gris et humide à porter des flip-flops pendant un mois, ça te remet d’aplomb solide.

Et la bouffe! Je parle principalement de la nourriture vietnamienne, parce que malgré quelques ressemblances apparentes, on n’a pas du tout autant samplé la bouffe cambodgienne. À défaut d’avoir apprécié pleinement la cuisine khmère, ce qu’on s’est mis dans la yeule de l’autre côté du Mékong nous a réjouis. Une cuisine simple, faite d’ingrédients frais et goûteux, tranquillement mijotés ou plus souvent préparés en à peine quelques minutes. Il faut dire que notre approche de la gastronomie vietnamienne s’est surtout faite via la nourriture disponible dans la rue. Ça peut sembler malpropre et pauvre a priori, mais la street food est répandue ici et liée aux habitudes du pays. Et surtout susceptible de contenter autant les fins palais que les petits budgets comme le mien. Si ça te dérange pas de baisser un peu tes standards de consistance de selles, t’es A-One.

Mis à part ce léger détail, nul besoin d’être un gastronome renommé pour apprécier les soupes, sandwichs, nouilles, le barbecue, les fruits et jus frais, les smoothies, cafés et autres douceurs qui agrémentent pratiquement chaque coin de rue dans une grande ville comme Saigon. Et souvent juste pour une poignée de trente sous! Évidemment, cette approche a pu nous aliéner quelques-uns des plats les plus délicats et raffinés qui sont plutôt disponibles dans les restaurants, mais les nombreux moments passés à errer sur les grandes artères et dans les ruelles, à tester des plats achetés au coin de la rue et à fouiner dans les marchés en plein air sont définitivement inoubliables. Pour plus de détails et de photos appétissantes, je t’en reparlerai dans une autre chronique, cher lecteur chère lectrice.

Les gens, aussi. En voyage, notre relation avec les locaux s’arrête trop souvent à celle de consommateur-vendeur sans qu’on prenne trop le temps de les connaître et de s’imprégner de leur vécu, même superficiellement. Et puis, faut pas se le cacher… pour beaucoup d’entre eux, quand ils nous regardent, c’est pas notre face ou nos vêtements qu’ils voient, mais plutôt un porte-monnaie ambulant rempli de dong et de dollars youèsse. Néanmoins, je peux dire qu’on les a trouvés généralement fins, souriants et honnêtes, le monde.

Je ne dis pas ça parce que nous on a passé un mois qu’avec des locaux en fuyant les Occidentaux comme la peste à la recherche d’un séjour “authentique”, qu’on a mis enceintes des filles partout où on est allés ou que 3166 bridés sont rendus avec Joël Le Sale comme ami Facebook. Nenon. Je dis juste qu’on a essayé d’apprécier la gentillesse et la simplicité des gens qu’on a rencontrés les quelques fois où on s’est arrêtés et qu’on a pu (essayer de) jaser un peu avec eux. Même si ça n’a pas souvent donné des conversations cohérentes ou mémorables… mais who cares?

Jaser avec un jeune Viet pendant que tu manges la soupe préparée par sa mère sur le bord de la rue. Essayer de prendre une photo avec un dude qui est allé t’acheter des baguettes en motocyclette pour qu’on les mange avec nos omelettes. Se faire remettre poliment le billet qu’on avait offert à la petite madame, parce qu’il vaut 10 fois plus que celui, de la même putain de couleur, qui suffit amplement à payer le succulent banh mi qu’elle nous tend. Échanger quelques mots d’anglais avec des enfants poussés par leurs parents qui nous pointent en leur disant “Hello!”, l’air de dire “C’est des Blancs, allez leur parler, les jeunes!” Dans mon livre à moi, des moments comme ça sont priceless. Pour tout le reste, il y a les voyages organisés.

Ça va pour “les gens”; pis les filles, elles? Une chose est sûre, c’est qu’elles sont bâties sur un petit frame, comme on dit. Comme beaucoup de leurs consoeurs de l’est asiatique, elles présentent habituellement le profil physique opposé au stéréotype de la femme noire bien en chair… en plus de souvent avoir l’air cinq ou six ans plus jeunes qu’elles le sont vraiment. Mais ça s’applique à tout le monde là-bas, anyway! Jolies? Oui, normales disons. C’est quand même pas Montréal là, où n’importe quelle place où il y a beaucoup de mélanges ethniques j’imagine. Et c’est sûr qu’en tant que Blanc, tu te fais regarder plus que d’habitude. On est “exotiques” ici, tsé.

Malgré tous les beaux moments et les souvenirs impérissables laissés par ce voyage, tout n’a pas été parfait dans la Vallée de la Paix et de l’Amitié. Je retiens deux points négatifs. D’abord, on a probablement passé un petit peu trop de temps à Saigon. Malgré des attraits indéniables, ce n’est peut-être pas exactement La Perle d’Indochine et on n’est ainsi pas restés très longtemps dans le delta du Mékong. Il faut dire qu’on a beaucoup transité alentour et aussi pris le temps de se reposer. Disons qu’on n’est pas du genre à visiter tous les lieux touristiques inscrits à notre guide de voyage en trois jours et deux nuits, avec le décalage horaire et un aperçu de la vie nocturne.

L’autre point négatif du voyage est plus frustrant d’autant qu’il était inévitable: le transport. On n’a pas essayé le train, qui est apparemment moins évident d’accès que l’autobus. Reste le bateau, qui d’après notre unique expérience sur le Mékong s’avère tout à fait réjouissant après s’être frotté les genoux contre des bancs trop petits d’un autobus vieillot qui roule trop lentement. Le prix d’une balade nautique est souvent de l’ordre du double de ce qu’on paie pour le bus, mais c’est fou le bien qu’une vingtaine de dollars US bien placés peuvent procurer au voyageur esseulé.

On retrouve généralement deux catégories de bus là-bas: normal et à couchette. La seconde option a le mérite d’offrir de l’espace pour les jambes et une position couchée pour à peine plus cher que la première. Les deux offrent toutefois un espace exigü fidèle aux proportions corporelles des locaux et circulent malheureusement sur les mêmes routes étroites, peu ou pas entretenues et mal éclairées du Vietnam et du Cambodge. On a d’ailleurs estimé que durant nos trajets les fluides engins circulaient en moyenne à 50 kilomètres à l’heure à travers le formidable réseau routier indochinois. L’expérience fut un peu plus éprouvante entre Mui Né et Da Lat, alors que les 300 kilomètres de distance nous ont pris six heures à parcourir sur les quatre et demi annoncées. C’est sans compter les quelques heures d’attente en pleine nuit à la frontière cambodgienne en route vers Phnom Penh… ah j’te dis, la misère des riches.

Bref, pour le peu qu’on a vu et fait au Vietnam et au Cambodge, ce fut une expérience mémorable. Deux beaux pays avec des cultures complexes et anciennes et des gens accueillants qui vivent pour la plupart dans la pauvreté ou pas loin au-dessus. L’ironie du sort dans cette situation, c’est que c’est un avantage pour nous, le coût de la vie y étant en général ridiculement bas. C’est l’histoire de communautés qui commencent pour la plupart à se sortir d’un passé récent tragique et douloureux. De notre point de vue subjectif et superficiel, ça semble augurer mieux du côté du Vietnam méridional que la guerre n’a pourtant pas épargné, alors que le Cambodge semble se relever plus difficilement du lourd héritage laissé par l’absurdité inouïe du régime des Khmers Rouges. On souhaite le meilleur à ces gens qui ne sont pas tous sortis de la jungle… mais le potentiel est là, en tout cas.

Tribulations Indochinoises (1ère Partie)

Avant de commencer, précisons pourquoi il est question d’Indochine si nous avons visité le Vietnam et le Cambodge. “May I have a definition?”, demandes-tu en rajustant tes lunettes comme dans les concours d’épellation.

Voilà: le terme Indochine réfère aujourd’hui à une entité biogéographique située, attention… entre l’Inde à l’ouest et la Chine au nord-est. Les territoires inclus au sein de cette péninsule du sud-est asiatique sont la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie péninsulaire, Singapour, le Cambodge, le Laos et le Vietnam. Le terme et sa signification initiale proviennent du statut colonial de la région qui a prévalu grosso modo du milieu du 19e siècle au milieu du 20e. Selon les années et les endroits spécifiques, la région a alors passé sous contrôle britannique, japonais et surtout français. Les territoires vietnamiens, cambodgiens et laotiens furent d’ailleurs communément désignés comme « Indochine française » à partir de 1862 jusqu’au départ de la métropole en 1954.

Ce voyage-là est né dès que j’ai su à quel moment prenait fin la session de cours à Gōngshāng Xuéyuàn. Au début j’avais en tête d’aller en Thaïlande, surtout que Tonton m’avait mentionné son intention d’y retontir durant l’hiver. Seul, à dos de chameau, avec un groupe de l’âge d’or tibétain; peu m’importait. Puis début novembre je reçois des nouvelles bienvenues en provenance directe de Verdun Beach. C’est Guillaume qui confirme son intention déjà annoncée de s’amener en Asie en janvier-février. Un mois plus tard, c’est mon paternel qui m’annonce envisager sérieusement un petit séjour asiatique durant l’hiver… un trio, nous serons.

Guillaume ayant déjà visité le pays des Thaï et Tonton n’y projetant finalement de s’y rendre qu’en mars, c’est alors qu’a commencé le processus officiel de sélection d’une destination potentielle (on se croirait à Cannes). Étant donné que les choix sont nombreux et alléchants, en bon membre du jury j’en viens à établir trois critères d’excellence:

1-    Faut qu’il fasse chaud.

On a tous envie d’un peu de chaleur en cet hiver et je n’ai définitivement pas envie de rester cinq autres semaines à Yāntái, humide et encore plus tranquille que d’habitude.

2-    Faut pas que ça soit en Chine.

Déjà blasé du pays des pandas? Nenon. On ira seulement pas se pitcher sur les plages du sud en même temps que huit trizillions de Chinois fous braques en congé d’hiver. Sānyà et l’île de Hǎinán ça sera pour une autre fois, les boys.

3-    Faut que ça soit proche.

Question de minimiser le transport et de maximiser la durée du séjour. Pour moi, je parle. Pour les deux autres, quelle différence? Cette idée de partir de si loin, aussi…

Au cours du reste de l’automne qui se met à passer trop lentement, on s’entend tous les trois pour le sud du Vietnam. Arrivée et départ de Ho Chi Minh Ville avec une escapade au Cambodge en bonus. Guillaume et moi y serons quasiment un mois tandis que ça sera une quinzaine de jours pour mon père. Puis les dernières semaines passent et une fois les billets d’avion achetés et la paperasse des visas réglée, nous voilà aussi prêts que Jean Charest ne l’a jamais été pour un trip mémorable. Les deux mains sur le volant, pis toute.

Bureaucratie Et Dédales Administratifs

Avant de se lancer corps et âme dans les premiers Carnets de Voyage, on commence la nouvelle session chinoise avec la suite de « Life of the Enseignant Étranger ». J’ai déjà évoqué le sujet et j’en ai parlé en privé à certains. Travailler ici à Yāntái (et en Chine en général, à en croire plusieurs), c’est des fois se sentir un peu comme dans les Douze Travaux d’Astérix. J’exagère, mais pas tant que ça.

Comme je te l’ai déjà mentionné, la session dernière je suis arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe à l’Institute of Business and Technology de Yāntái. J’ai mis les pieds en terres chinoises le 12 septembre de l’an 2013 après le crisse, onze jours avant le début de la session des élèves de première année. Sans expérience préalable, diplôme en éducation, certification de quelque sorte et en ayant le français comme langue maternelle. Je venais de rater de peu une rencontre “d’orientation” entre enseignants et cadres dont le but était de nous “préparer” à la nouvelle session. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai donc dû me débrouiller à peu près seul si ce n’est de la précieuse aide que j’ai reçue de quelques collègues. Avec l’arrivée de la nouvelle session cet hiver, un semblant de support semble souffler sur le China-Canada Department de Shāndōng Gōngshāng Xuéyuàn, amené par le vent en provenance de la mer et qui fera peut-être en sorte que je serai moins perdu ce printemps.

 J’ai donc appris plein de choses en ce début de session… des choses que j’aurais dû savoir dès septembre! La veille du début des cours, je reçois mon horaire (une procédure courante ici) et j’apprends six mois en retard de la bouche d’Eileen l’existence de textbooks pour nous aider à planifier nos cours (une procédure courante ici). Évidemment, je les prends tous; si seulement j’en avais connu l’existence il y a six mois… deux semaines plus tard, la même demoiselle nous convoque Kyle, Chris, Adonia et moi pour un meeting du département Chine-Canada. Je vous avais parlé de Rachel, eh bien c’est en fait Eileen la secrétaire du département. Je trouvais ça bizarre aussi, parce que je faisais toujours affaire avec elle et à peine avec l’autre. C’est dommage, parce que Raquelita est pas mal plus jolie…

Mais bref, ce n’est que début mars qu’on rencontre les responsables du département. Réunion mardi le 11 à 15h40: on rencontre Eileen dans son bureau au 1405 de Yìfū lóu et elle nous emmène au cinquième étage pour y rencontrer le directeur de China-Canada. “Il n’a pas pu vous rencontrer avant, il était très occupé”, de glisser notre sympathique et désorganisée secrétaire. On serre la main du Big Boss puis, se rendant compte qu’Adonia et moi avons un cours à 16h, nous donne immédiatement congé! Meeting fructueux avec le directeur: check. On retourne donc au quatrième étage où on rencontre à la place Lily, la directrice adjointe. “Je suis désolée de ne pas vous avoir rencontrés cet automne, j’étais très occupée”, de glisser la sympathique et désorganisée directrice adjointe. Après dix minutes de “réunion”, je me rends à mon cours de 16h en roulant les yeux et avec en mains une feuille de règlements en vigueur depuis six mois dont j’ignorais l’existence. En passant, je ne sais toujours pas pourquoi le département s’appelle China-Canada; je suis le seul Canadien à y enseigner. Une histoire de stages au pays de la feuille d’érable, m’a-t-on vaguement dit.

J’ai également fait une découverte majeure récemment: les cours que nous donnons, nous dévoués enseignants étrangers, ne semblent pas compter dans la moyenne de nos élèves chinois. C’est du moins ce que j’ai pu constater sur l’horaire d’une collègue qui travaille dans un autre département que le mien; le chiffre “0” était inscrit dans la colonnecredits”. C’est bien ce que plusieurs d’entre nous soupçonnions… mais est-ce vraiment le cas? À voir mes freshmen se comporter en classe et voir leur assiduité fondre comme neige au soleil à mesure que la session avance, je me dis que oui. Mais à voir la réaction de stupeur et/ou de panique de certains lorsqu’ils apprennent qu’ils ont coulé la dernière session, j’ai des doutes. Voici des extraits de conversations que j’ai eues avec certains des élèves concernés:

– Tom: “J’ai coulé, teacher?”

– Moi: “Oui, tu as dormi sur ton bureau toute la session dernière et tu as rendu des travaux de marde, dont certains étaient en retard.”

– Tom: Visage étonné, puis résigné.

– Lucy: “Charles, peux-tu changer ma note s’il-te-plaît?”

– Moi: “Pourquoi je ferais ça?”

– “Parce que je veux passer.”

– “Lucy, si tout le monde me demandait 100%, est-ce que je devrais leur donner?”

– Lucy: Sourire gêné… “Mais je veux passer!”

– “T’avais juste à te forcer quand c’était le temps. Je peux rien faire d’autre pour toi, bébé.”

Si les cours d’anglais donnés par les enseignants étrangers ne sont pas crédités dans mon département (ce qui reste à confirmer), c’est dommage en ‘ta. Les autorités ne pourraient pas octroyer UN misérable petit crédit à nos cours, juste pour dire que nos élèves aient à les réussir pour le mériter, ce crédit? Me semble qu’ils s’en taperaient un peu moins si c’était le cas! Et puis ça m’éviterait peut-être le drama de ce début de session et les élèves sous le choc qui viennent me demander les raisons de leurs notes inférieures à 60%. Ça, c’est les mêmes qui manquaient des cours à qui mieux-mieux, ne m’écoutaient pas répéter cent fois les mêmes consignes et qui ne posaient pas de questions malgré mon insistance. Et deux-trois mois plus tard, tu vas venir me dire que je mets en péril ton avenir, et que je ne sais pas comment faire mon travail? Kiss my ass.

Faisons la part des choses, pour voir. Nous foreign teachers n’avons pas nécessairement de diplôme en éducation (la seule exigence est un baccalauréat en whatever) ou même de certification TEFL (Teaching English as a Foreign Language). Et nous ne sommes de surcroît même pas tous des locuteurs natifs de la langue du capitaine Jack Sparrow (n’est-ce pas, M. le Blogueur?) Certains d’entre nous sont certifiés, mais la grande majorité non; quand t’as un diplôme en éducation ou une certification, t’enseignes pas à Shāndōng Gōngshāng Xuéyuàn! Tu vas te ramasser plus d’heures, des vrais élèves pis un beau tas d’argent à l’université d’à côté. Ou tu vas à Qīngdǎo ou à Dàlián, tiens. Ou tu fais comme Anne-Lyse: tu crisses l’école là et tu travailles à ton compte, dans le privé. Mais malgré tout ça, il me semble toujours très peu compréhensible que nos cours ne comptent pas, même s’ils sont conçus à la base comme des “bonus” pour les élèves. Ah! mais j’oubliais, ils ont déjà des “vrais” cours d’anglais qui “comptent” avec leurs professeurs chinois… et c’est justement en bonne partie pourquoi ils sont si mauvais dans la langue de Peter Pan!

Mais comme l’a déjà dit un sage mandarin de la dynastie des Míng: “Nul n’est prophète en son pays… surtout en Chine, tsé.”

Little Tony

Comme tu t’en doutes probablement, Tony (alias Little Tony pour les intimes) c’est un petit Chinois. Mais encore, un petit gars curieux, allumé et terriblement vif d’esprit pour son âge. Et comme tous les petits gars de 5 ans, il aime bien jouer et se chamailler, évidemment. Dans le texte précédent, je disais qu’à même pas 6 ans (il vient de les avoir fin janvier) il accote sérieusement certains de mes freshmen dans la maîtrise de la langue de Rob Ford. C’est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois: d’un côté, ça montre comment il est doué, le p’tit maudit. De l’autre, ça montre aussi le niveau pathétique de certains de mes élèves de 18-20 ans qui se font clancher par un petit gars en maternelle. Quand j’utilise un mot que Tony ne connaît pas, il me demande invariablement ce que ça veut dire. L’autre fois je lui enseignais du vocabulaire par rapport à la météo et je lui ai parlé de blizzard. “Blizzard is what?”, qu’il me demande aussitôt. Et quand il ne comprend pas mon explication, il se tourne vers sa nounou: “Kitty, blizzard shénme míngzì?” Un super bon petit gars et élève. Mais qui a aussi son petit caractère…

Cao Wen, sa mère, est celle qui gère la patente. Madame insiste pour que les leçons soient ludiques afin que son fils ait du plaisir à apprendre l’anglais; joindre l’utile à l’agréable, quoi. C’est pas mal ma philosophie aussi, surtout pour un petit gars qui a pas encore 6 ans. Maman et Anne-Lyse m’ont expliqué ce qu’il y avait à faire avec Tony: dans la petite salle de cours il y a des livres, des cahiers d’exercices, des feuilles de mathématiques photocopiées, un tableau blanc avec des feutres, quelques jeux et d’autres petits trucs. Il y a aussi Kitty qui ne quitte pas son cellulaire ou son laptop pendant une heure et demi sauf pour rappeler le petit à l’ordre ou traduire quelque chose lorsque nécessaire. Je n’ai que peu ou pas de planification à faire; on se sert de ce qu’on a sous la main et je rajoute différentes notions ici et là, au gré de mon inspiration et de la motivation du petit. L’important est de garder le tout intéressant et de varier les activités et les révisions pour garder l’intérêt de Ton Ton à son maximum.

On fait donc des maths, de la lecture, des quiz, on joue à des jeux (Tic-Tac-ToeHangman, LEGO…), on fait du bricolage, bref en autant que c’est en anglais et que c’est le fun. À propos des maths: je surnomme Tony “The Master of Math”, ça le rend bien fier. Il est bon le p’tit maudit, et puis il les aime d’amour ses mathématiques. Il faut le voir et l’entendre dire “Oh yes, I like that!” quand il voit des équations imprimées sur du papier ou écrites sur le tableau blanc. Fais-lui faire des calculs, de l’arithmétique, il capote. T’en as pour facilement 20 minutes à le regarder faire des pages de 5+12 et de 21-13. Et y a pas à dire, yé fort le p’tit mec! Par contre il a tendance à rester dans sa zone de confort alors des fois je le challenge. C’est pas mêlant, je lui ai montré comment faire des équations avec priorités d’opération (tsé, divisions et multiplications avant additions et soustractions…). Rien de super difficile, mais moi j’ai dû apprendre ça à 8 ans, et lui à 5 il catch ça comme si de rien n’était.

En général ça se passe bien, mais c’est pas comme si c’était toujours la paix et l’amour au pays des Câlinours non plus. J’ai dit qu’il a son petit caractère… en effet, il aime rester dans la facilité alors quand j’essaie de le mettre au défi il peut avoir tendance à perdre patience. Et en tant qu’enfant unique surdoué, il aime avoir raison et ne supporte pas de faire des erreurs. Il aime moins la lecture et il DÉTESTE l’écriture. Je lui mets pas trop de pression avec ça mais je considère que c’est important, surtout à son âge. Et surtout la lecture, qui est probablement l’habileté la plus importante ou du moins l’une des plus importantes à acquérir pour un p’tit cul. En novembre il s’est mis à brailler deux fois parce qu’il ne voulait pas faire de lecture, dont une fois après la première (et dernière!) séance d’écriture. Ça m’a évidemment rendu mal à l’aise, surtout pendant que Kitty l’engueulait pour qu’il arrête de pleurer…

Depuis j’ai slacké un peu sur les livres et on a changé de stratégie. Maintenant je commence par lui lire la petite histoire au complet (mes skills pour lire à l’envers sont rendus étonnamment développés), puis on s’entend sur un nombre de pages qu’il va lire lui-même. Lire c’est un grand mot; je prononce les mots à voix haute et il les répète après moi. De toute façon, l’important c’est qu’il se pratique et qu’il apprenne à aimer ça. Depuis les épisodes de novembre, je prends ça encore plus relaxe avec lui, déjà que c’était pas exactement le goulag. Il a d’ailleurs demandé à sa mère de réduire les sessions d’une heure et demi à une heure, parce qu’avec la maternelle le matin et son tutorat l’après-midi, ça fait beaucoup. D’ailleurs, est-ce trop demander à un gamin que de lui imposer un tuteur d’anglais à chaque jour, quand lui ne demande qu’à jouer et voir ses petits amis à l’école? Bref, d’être un kid de 5 ans?

Peut-être. Mais je me suis dit qu’en gardant ça ludique et plaisant, il ne me verra pas seulement comme un foreign teacher imposé par sa mère, mais peut-être aussi comme quelqu’un avec qui passer du bon temps tout en apprenant. Ce débat-là est intéressant parce qu’on connaît tous des parents qui exagèrent et qui bookent leurs petits en malades dans l’espoir d’élever des super-enfants qui deviendront des êtres humains supérieurs. Si la vérité sort bel et bien de la bouche des enfants, il faudrait les écouter avant de les sur-stimuler et les laisser être ce qu’ils sont: des enfants, bordel. Bref, il me semble que ça prend un juste équilibre, comme dans toute. C’est pourquoi des fois, et plus souvent depuis qu’Anne-Lyse est retournée à Saint-Lazare-de-Vaudreuil pour Noël, on joue parfois au Tic-Tac-Toe ou aux LEGO pendant la moitié du cours.

Quelque chose me dit que ce p’tit gars-là va aller loin… et si j’aurai pu l’aider à perfectionner son anglais en lui donnant le goût d’apprendre, je serai satisfait d’avoir pu faire une petite différence dans la vie de Little Tony.