Tribulations Indochinoises (2e Partie)

Que retenir de notre séjour indochinois? Des douze pages de notes tapées sur Word en Times New Roman 12 à simple interligne (oui, je sais… je travaille là-dessus), voici un résumé de ce qui a fait la final cut.

D’abord, la température. On avait fait nos recherches: il fait chaud dans ce coin du monde en janvier et février, moment de l’année qui tombe durant la saison sèche. On a donc eu du 25-30 degrés tout le long avec pas mal d’humidité, surtout à Saigon au Vietnam (Ho Chi Minh Ville avant la réunification post-guerre) et Siem Reap au Cambodge. Ce fut plus sec et agréable du haut des 1500 mètres d’altitude de Da Lat, au Vietnam. Peu de pluie en tout et pour tout, quelques averses ici et là mais généralement durant la nuit. Et surtout, du soleil… beaucoup de soleil! Des nuages, c’est quoi déjà? Disons que de passer de l’hiver gris et humide à porter des flip-flops pendant un mois, ça te remet d’aplomb solide.

Et la bouffe! Je parle principalement de la nourriture vietnamienne, parce que malgré quelques ressemblances apparentes, on n’a pas du tout autant samplé la bouffe cambodgienne. À défaut d’avoir apprécié pleinement la cuisine khmère, ce qu’on s’est mis dans la yeule de l’autre côté du Mékong nous a réjouis. Une cuisine simple, faite d’ingrédients frais et goûteux, tranquillement mijotés ou plus souvent préparés en à peine quelques minutes. Il faut dire que notre approche de la gastronomie vietnamienne s’est surtout faite via la nourriture disponible dans la rue. Ça peut sembler malpropre et pauvre a priori, mais la street food est répandue ici et liée aux habitudes du pays. Et surtout susceptible de contenter autant les fins palais que les petits budgets comme le mien. Si ça te dérange pas de baisser un peu tes standards de consistance de selles, t’es A-One.

Mis à part ce léger détail, nul besoin d’être un gastronome renommé pour apprécier les soupes, sandwichs, nouilles, le barbecue, les fruits et jus frais, les smoothies, cafés et autres douceurs qui agrémentent pratiquement chaque coin de rue dans une grande ville comme Saigon. Et souvent juste pour une poignée de trente sous! Évidemment, cette approche a pu nous aliéner quelques-uns des plats les plus délicats et raffinés qui sont plutôt disponibles dans les restaurants, mais les nombreux moments passés à errer sur les grandes artères et dans les ruelles, à tester des plats achetés au coin de la rue et à fouiner dans les marchés en plein air sont définitivement inoubliables. Pour plus de détails et de photos appétissantes, je t’en reparlerai dans une autre chronique, cher lecteur chère lectrice.

Les gens, aussi. En voyage, notre relation avec les locaux s’arrête trop souvent à celle de consommateur-vendeur sans qu’on prenne trop le temps de les connaître et de s’imprégner de leur vécu, même superficiellement. Et puis, faut pas se le cacher… pour beaucoup d’entre eux, quand ils nous regardent, c’est pas notre face ou nos vêtements qu’ils voient, mais plutôt un porte-monnaie ambulant rempli de dong et de dollars youèsse. Néanmoins, je peux dire qu’on les a trouvés généralement fins, souriants et honnêtes, le monde.

Je ne dis pas ça parce que nous on a passé un mois qu’avec des locaux en fuyant les Occidentaux comme la peste à la recherche d’un séjour “authentique”, qu’on a mis enceintes des filles partout où on est allés ou que 3166 bridés sont rendus avec Joël Le Sale comme ami Facebook. Nenon. Je dis juste qu’on a essayé d’apprécier la gentillesse et la simplicité des gens qu’on a rencontrés les quelques fois où on s’est arrêtés et qu’on a pu (essayer de) jaser un peu avec eux. Même si ça n’a pas souvent donné des conversations cohérentes ou mémorables… mais who cares?

Jaser avec un jeune Viet pendant que tu manges la soupe préparée par sa mère sur le bord de la rue. Essayer de prendre une photo avec un dude qui est allé t’acheter des baguettes en motocyclette pour qu’on les mange avec nos omelettes. Se faire remettre poliment le billet qu’on avait offert à la petite madame, parce qu’il vaut 10 fois plus que celui, de la même putain de couleur, qui suffit amplement à payer le succulent banh mi qu’elle nous tend. Échanger quelques mots d’anglais avec des enfants poussés par leurs parents qui nous pointent en leur disant “Hello!”, l’air de dire “C’est des Blancs, allez leur parler, les jeunes!” Dans mon livre à moi, des moments comme ça sont priceless. Pour tout le reste, il y a les voyages organisés.

Ça va pour “les gens”; pis les filles, elles? Une chose est sûre, c’est qu’elles sont bâties sur un petit frame, comme on dit. Comme beaucoup de leurs consoeurs de l’est asiatique, elles présentent habituellement le profil physique opposé au stéréotype de la femme noire bien en chair… en plus de souvent avoir l’air cinq ou six ans plus jeunes qu’elles le sont vraiment. Mais ça s’applique à tout le monde là-bas, anyway! Jolies? Oui, normales disons. C’est quand même pas Montréal là, où n’importe quelle place où il y a beaucoup de mélanges ethniques j’imagine. Et c’est sûr qu’en tant que Blanc, tu te fais regarder plus que d’habitude. On est “exotiques” ici, tsé.

Malgré tous les beaux moments et les souvenirs impérissables laissés par ce voyage, tout n’a pas été parfait dans la Vallée de la Paix et de l’Amitié. Je retiens deux points négatifs. D’abord, on a probablement passé un petit peu trop de temps à Saigon. Malgré des attraits indéniables, ce n’est peut-être pas exactement La Perle d’Indochine et on n’est ainsi pas restés très longtemps dans le delta du Mékong. Il faut dire qu’on a beaucoup transité alentour et aussi pris le temps de se reposer. Disons qu’on n’est pas du genre à visiter tous les lieux touristiques inscrits à notre guide de voyage en trois jours et deux nuits, avec le décalage horaire et un aperçu de la vie nocturne.

L’autre point négatif du voyage est plus frustrant d’autant qu’il était inévitable: le transport. On n’a pas essayé le train, qui est apparemment moins évident d’accès que l’autobus. Reste le bateau, qui d’après notre unique expérience sur le Mékong s’avère tout à fait réjouissant après s’être frotté les genoux contre des bancs trop petits d’un autobus vieillot qui roule trop lentement. Le prix d’une balade nautique est souvent de l’ordre du double de ce qu’on paie pour le bus, mais c’est fou le bien qu’une vingtaine de dollars US bien placés peuvent procurer au voyageur esseulé.

On retrouve généralement deux catégories de bus là-bas: normal et à couchette. La seconde option a le mérite d’offrir de l’espace pour les jambes et une position couchée pour à peine plus cher que la première. Les deux offrent toutefois un espace exigü fidèle aux proportions corporelles des locaux et circulent malheureusement sur les mêmes routes étroites, peu ou pas entretenues et mal éclairées du Vietnam et du Cambodge. On a d’ailleurs estimé que durant nos trajets les fluides engins circulaient en moyenne à 50 kilomètres à l’heure à travers le formidable réseau routier indochinois. L’expérience fut un peu plus éprouvante entre Mui Né et Da Lat, alors que les 300 kilomètres de distance nous ont pris six heures à parcourir sur les quatre et demi annoncées. C’est sans compter les quelques heures d’attente en pleine nuit à la frontière cambodgienne en route vers Phnom Penh… ah j’te dis, la misère des riches.

Bref, pour le peu qu’on a vu et fait au Vietnam et au Cambodge, ce fut une expérience mémorable. Deux beaux pays avec des cultures complexes et anciennes et des gens accueillants qui vivent pour la plupart dans la pauvreté ou pas loin au-dessus. L’ironie du sort dans cette situation, c’est que c’est un avantage pour nous, le coût de la vie y étant en général ridiculement bas. C’est l’histoire de communautés qui commencent pour la plupart à se sortir d’un passé récent tragique et douloureux. De notre point de vue subjectif et superficiel, ça semble augurer mieux du côté du Vietnam méridional que la guerre n’a pourtant pas épargné, alors que le Cambodge semble se relever plus difficilement du lourd héritage laissé par l’absurdité inouïe du régime des Khmers Rouges. On souhaite le meilleur à ces gens qui ne sont pas tous sortis de la jungle… mais le potentiel est là, en tout cas.

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