O Big Brother, Where Art Thou?

T’es tanné de « Life of the Enseignant Étranger »? Tu te dis: “Décroche, Paquin, change de disque!” Mouin, OK. Cet épisode sera le dernier de la première minisérie qui aura gardé rivé à l’écran une couple de lecteurs avides de connaître mes péripéties relativement peu excitantes… avant de revenir en force un de ces quatre. J’ai d’autres sujets et brouillons en banque qui ne demandent qu’à se retrouver sur les internets. Je prépare ainsi des articles qui parleront d’une fille de Saint-Lazare, d’un petit gars de 5 ans pas mal smatte, d’une famille de la petite-bourgeoisie yantaiaise et d’autres péripéties qui seront vécues à l’extérieur de la Chine dans quelques semaines. Rien de moins, et juste pour toi. Pour le cinquième épisode de ma Life, j’ai choisi un titre qui rend hommage au célèbre film des frères Coen. Imagine qu’un jeune George Clooney en chest te susurre les mots à l’oreille, et le charme opérera…

Comme tu l’as peut-être déjà deviné, mon employeur, l’Institute of Business and Technology de Yāntái, n’a rien d’un établissement prestigieux où “l’élite de ce monde contribuera à façonner de façon exceptionnelle et durable la face du monde au XXIe siècle”, comme s’en gargariserait n’importe quel rectum réputé en veston-cravate. Les mauvaises langues disent même que les étudiants n’ont pas un grand avenir et qu’ils ne sont ici que parce qu’ils ont échoué les examens d’entrée des meilleures universités chinoises… ce qui est probablement (et malheureusement) au moins en partie vrai. Mais ça fait ben mon affaire. Cette situation a plusieurs avantages: aucune pression de la direction donc pas de rectum qui te pousse dans le derrière (jeux de mots scabreux: level up), possibilité d’être proche de ses étudiants sans avoir à endurer des petits frais chiés qui conduisent la Jaguar de maman et puis liberté quasi-totale dans l’élaboration des plans de cours. L’absence de programme officiel peut être insécurisante au départ, mais motivante par la suite. Il y a bien Dr Tricia, PhD. en anthropologie qui a été payée pour en écrire un, mais peu d’enseignants semblent l’utiliser ou même en connaître l’existence. Ainsi Jonathan leur enseigne la logique, Melissa leur fait monter leur simili-agence de voyages, Danielle leur fait faire des sketchs… et moi, je leur montre quoi? Patience, jeune Padawan. Plus tard, tu sauras.

Malgré l’incompréhension et le désintérêt de beaucoup d’entre eux, il y en a quand même quelques-uns qui sont motivés et avec qui je peux développer une bonne complicité. Ça me rappelle un cours de speaking de la mi-novembre, lors duquel je les interviewais pour les préparer à leur évaluation de mi-session. Pendant que je m’exécutais avec l’un ou l’une d’entre eux à tour de rôle, les autres jouaient à un genre de vérité ou conséquence soft version chinoise. En autant qu’ils le fissent en anglais, j’étais cool avec ça. C’est donc pourquoi durant ce cours Hughes m’a interrompu pour me déclarer son amour et Stark a pris Sherry dans ses bras devant les exclamations du groupe et les flashs des cellulaires. Tu vois comme on fait pas mal ce qu’on veut dans les classes? Après tout, personne ne nous surveille… en tout cas, c’est ce que je pensais.

Pendant le party d’anniversaire de notre amie chinoise Joyci et entre deux brandy and coke, je déconnais sur la Chine et Big Brother quand Bri a renchéri en mentionnant les caméras installées dans les classes. “Les quoi?”, interrogeai-je béatement. J’avais même pas remarqué. Effectivement, il y a bien une caméra installée dans chacune des classes de Yìfū lóu, A.K.A. le teaching building. Remarque, je sais pas si elles fonctionnent encore vraiment; même à l’apogée du Maoïsme post-Seconde Guerre Mondiale elles devaient déjà faire défaut tellement elles ont l’air désuètes. Au moins, elles sont pointées vers les élèves, pas vers le prof…

Sans vouloir être trop Big Brother-paranoïaque, j’ai remarqué d’autres petites choses qui témoignent possiblement de certains relents psychologiques émanant de nombreuses années de dictature, de suspicion et de délation ambiante. En voilà deux exemples. Uno: après un ou deux légers retards ici et là (la cloche sonne deux minutes trop tôt selon mon cellulaire, OK?!), je reçus peu après un message texte d’avertissement de Rachel, ma Monitrice-Fantôme-Préférée. Les caméras (si elles fonctionnent) sont pointées vers les étudiants et il n’y a qu’eux et moi dans les classes; on sait donc qui a mis Raquelita au parfum. Dos: un certain mardi d’octobre, alors que je me rendais tranquillement à mon cours programmé à quatorze heures, une élève m’envoya un message texte à précisément treize heures quarante-six minutes: “Charles, you are late”, qu’elle m’écrit alors. “Class starts at 2, dear” répondis-je immédiatement à cette culottée demoiselle. Morale de ces anecdotes sans punch et en apparence banales? Big Brother n’a pas vraiment besoin de mettre des caméras fonctionnelles dans les classes quand il est déjà dans la tête de tout le monde…

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