Yes, No, Toaster

Deuxième partie de la nouvelle minisérie qui captive les amateurs de chroniques plus ou moins pertinentes et un tantinet narcissiques partout à travers les internets: Life of the enseignant étranger! Cette semaine, je vous parle un peu de mes élèves et de ma relation avec eux. C’est un sujet très fertile, aussi ai-je l’intention de le labourer jusqu’à ce qu’un autre finisse par pousser par-dessus.

“Charley, est-ce qu’ils parlent bien anglais, tes freshmen bridés?” J’allais justement aborder le sujet, chers lecteurs à l’affût. Laissons-les répondre eux-mêmes: “Sorry teacher, my English is so poor!”, s’excusent-ils souvent… en réalité, certains sont bons et quelques-uns même très bons comparativement aux autres. Une poignée d’entre eux, par contre, ne comprennent strictement FUCKALL quand je m’exprime dans la langue de Mr. Bean. Le reste, soit la majorité, sont plutôt moyens, voire poches. Pour vous donner une meilleure idée de la situation, il faut absolument distinguer leur niveau d’anglais écrit et parlé; c’est quasiment le jour et la nuit.

Leurs habiletés en écriture et en lecture, c’est pas pire. Je dirais qu’elles équivalent en moyenne aux nôtres au début du secondaire. Mettons que les meilleurs sont en secondaire 3 à la Cité-des-Jeunes, et les moins bons sont en 4e année à l’école primaire de Sainte-Marthe (jokes de mon patelin: level up). Leur anglais parlé et leur compréhension orale, well… c’est pas mal moins bon. J’ai peut-être 3 groupes sur 11 avec qui la communication se fait bien. Avec les 4 de niveau disons “intermédiaire”, je dois parler plus len-te-ment et répéter plus souvent. Et puis il y a 4 groupes (dont les 3 du vendredi) où ça peut rapidement devenir pénible. Au début je m’impatientais à force de répéter, à la limite je devenais un peu frustré par moments. Répéter, c’est pas si pire; c’est ma job. Mais répéter, te rendre compte qu’ils n’ont pas compris, puis répéter encore et voir leurs yeux s’agrandir encore plus avec le désarroi qui gagne lentement leurs visages, ça me casse sérieusement les noix. Et encore plus quand tu sais qu’ils préfèrent rester dans le noir que de te demander de l’aide.

Dans la plus pure tradition scolaire chinoise, tout bon élève ne pose JAMAIS de questions (merci, Confucius). Même (surtout) quand il ou elle ne comprend pas! Le professeur est la référence absolue et a TOUJOURS raison (quoique dans mon cas, c’est pas mal vrai…) Sa pensée ne doit donc jamais être remise en question et pour éviter toute incompréhension, on applique la bonne vieille méthode du bourrage de crâne où la discussion et la réflexion sont une perte de temps. J’te dis que ça forme des élèves avec un bel esprit d’initiative, des opinions réfléchies et un sens critique aiguisé (NOT). Pour remédier à la situation et pour pas trop pogner les nerfs, j’essaie de les convaincre du contraire. Je leur dis: “Yo, les jeunes. Je ne suis pas un de vos profs chinois; donc vous POUVEZ me POSER des QUESTIONS. Je suis là pour vous AIDER. D’où je viens, un élève qui pose des questions démontre son intérêt pour la matière et a tendance à s’améliorer plus vite que les autres. (…) DITES QUÈQUECHOSE, BORDEL!” Chaque tentative de ma part se heurte invariablement, sauf en quelques rares occasions, à leur profonde chinoisitude ou à leur anglais déficient. Ou aux deux.

Faut quand même être indulgents avec eux; l’apprentissage de l’anglais ne semble pas aussi efficace que chez nous, mettons. Manque de locuteurs natifs, d’occasions de pratiquer, de motivation et autres chinoiseries? Une chose est sûre, leurs professeurs les forment surtout à la lecture et à l’écriture, et manifestement pas assez à la parlure. On les remplit de phrases et d’expressions prémâchées qu’ils n’hésitent pas à régurgiter avec enthousiasme en toute circonstance. Exemple: comme premier essai écrit, je leur ai demandé de me parler d’eux. Move classique de recrue qui ne réalise pas qu’il vient de partir la cassette. Ça ressemble à… Liu Lin qui m’écrit: “My hometown is beautiful and my mother cooks delicious food. I like Yantai’s sea”. Ou à Zhang Bei qui, original et inventif, ajoute: “My father is strict, my mother is beautiful and she cooks delicious food. I love my family.” Oh et n’oublions pas Ma Junjie, qui tient à se démarquer grâce à sa prose délicieuse: “Hello teacher. I come from Yantai, I think it’s very beautiful and I have a happy family”. Sans blague, j’exagère à peine.

Quand je pose une question à un groupe faible et/ou amorphe et que je n’en obtiens aucune réaction en retour, j’aime combattre mon désespoir naissant en leur suggérant des choix de réponse: “Yes, no, maybe…?” Si une réponse sensée se fait toujours attendre, j’ajoute: “…Toaster?” Les groupes les moins doués sont non seulement pas très jasants, mais en plus ils ne comprennent même pas mon sens de l’humour d’enseignant exaspéré.

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