Trois Jours Chez Máo

La première semaine d’octobre est fériée en Chine pour souligner le jour de la fête nationale. Le 1er octobre 1949, après quatre ans de guerre civile, Máo Zédōng proclame sur la place Tiān’ānmén à Běijīng l’instauration de la République populaire de Chine. Les communistes décrètent que cette date commémorera dorénavant cet événement marquant, apogée de la victoire maoïste aux dépens des nationalistes qu’ils affrontaient depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour le contrôle du pays. La face de Máo trône depuis ce temps au-dessus de la Cité Interdite dans la capitale chinoise. Mais c’est pas lui que je suis venu voir, du moins pas encore… et surtout pas en pleines vacances de la fête nationale.

Mario est arrivé ici en 2003 avec un visa touristique bon pour trois mois et il vit et travaille maintenant à Běijīng. Il est le frère de ma mère, mais aussi un homme fier et orgueilleux, un redoutable businessman, un voyageur insatiable, un épicurien excessif, un éternel charmeur, un conteur hors pair et surtout un gars sympathique et généreux. Il le dit lui-même: « Tu ne t’ennuies pas avec Mario! » C’est juste pas une option avec lui. Il adore surprendre, amuser, séduire, déstabiliser et impressionner. Comment résister à mon guide pékinois qui me captive avec de croustillantes péripéties de voyage, me gave sans compter de nourriture hallucinante et me met constamment dans la confidence la plus intime, sans aucune gêne ou pudeur et en toute confiance? Chaque fois que je passe du temps avec lui, je me demande: comment ça se fait qu’on puisse s’entendre aussi bien lui et moi, malgré qu’on soit si différents l’un de l’autre? Ça doit être à cause du lien familial qui nous unit. Ou peut-être suis-je simplement tombé sous le charme, moi aussi…

En apprenant ma venue dans son pays d’adoption, tonton m’a tout de suite invité à venir passer quelques jours à Smogville. J’ai donc sauté sur l’occasion de mon premier congé et dans un petit avion pour aller le rejoindre dans la capitale. En partant pour notre virée le lendemain matin, on se doute bien qu’on va laisser tomber les attractions principales because congé national. En arrivant à la place Tiān’ānmén juste devant l’entrée de la Cité Interdite, l’inévitable se révèle à nos yeux: quadrizilliante mille milliards de touristes (surtout Chinois) se trouvent drette là, devant nous. Mario m’explique que pour plusieurs gens venus des quatre coins du pays, c’est la seule fois dans leur vie où ils verront la capitale nationale et la grosse face de Máo, l’idole (imposé) du peuple. Eh bien on vous souhaite une belle journée dans le traffic à renifler les dessous de bras de la moitié de vos compatriotes; nous autres on s’en va faire un tour!

On a marché des kilomètres. À quatre-cinq blocs de là, quasiment personne dans les hútòng, quartiers traditionnels de Běijīng aux petites maisons de pierre entassées dans des dédalles de rues et ruelles désordonnées et sympathiques. Retour dans la masse autour du lac Hòu Hǎi, qui en vaut toutefois la peine pour les vieux bâtiments et les grands saules pleureurs qui l’entourent, en plus des gens qui s’y promènent dans des petits bateaux colorés. Marcher, marcher, moi qui prend plein de photos, Mario qui fait son charme aux filles, s’arrêter manger des jiǎozi (dumplings) dans un petit boui-boui, s’improviser une terrasse avec une table et deux chaises le long d’un mur de ruelle. Voir le quartier des artistes, son art de rue, son design moderne et les jolies demoiselles qui viennent flasher dans leurs vêtements de hipster. Apéro puis souper bien arrosé chez O’Steak, troqué contre une paire de lunettes de moto. Le lendemain, aller se faire donner une volée par deux masseuses bien gentilles et souriantes mais d’une vigueur insoupçonnée. Se bourrer la face du fameux canard laqué de Pékin. Le samedi, faire une balade en Harley en ville et à pied dans le quartier des antiquaires avant de retourner se faire “dorloter” avec un facial tout autant bénéfique mais presque aussi souffrant que le massage de la veille. Terminer en beauté avec un souper à l’authentique fondue chinoise (qui est d’origine mongole, en fait).

Tiān’ānmén, la Cité Interdite, le Palais d’Été, la Grande Muraille? J’y retournerai… trois jours avec Mario, c’est pas assez long!

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